DERNIER SOUFFLE

Dernier souffle est un ovni excitant, rafraichissant qui respire la liberté et la récréation.

Après avoir eu une première vie aux éditions Black & White, la création de Thierry Martin est enfin publiée à une plus large échelle par les éditions Soleil chez Noctambule, une collection réputée pour la qualité de ses ouvrages et leurs finition soignée.

L’épais one shot est né d’une envie de se mettre en danger, d’explorer de nouveaux horizons, de délaisser pour quelque temps le dessin franco-belge qu’il maîtrise parfaitement afin d’expérimenter un aspect comics plus nerveux, quelque chose de plus spontané, un exercice de décompression et d’expérimentation qui n’avait initialement aucune finalité commerciale.

L’artiste s’est alors dirigé vers le western, un genre indémodable et sauvage qu’il apprécie et dont il connaît assurément les codes. L’amateur des films de Clint Eastwood mais aussi des productions italiennes s’offre ici un terrain de jeu tout neuf, exutoire et ludique pour contrebalancer avec la réalisation plus rigoureuse d’un Mickey pour les éditions Glénat.

Il s’est lancé un challenge, publier tous les jours sur Instagram à la même heure un dessin muet afin de séduire, fidéliser et tenir en haleine un public neuf, international et curieux.

Il a relevé un défi scénaristique et graphique qui s’achève logiquement sur l’heureuse réalisation d’un joli bouquin par un éditeur reconnu. Il faut dire que cette oeuvre a dépassé les espérances du dessinateur. Il a retenu très tôt l’attention des professionnels qui ont su repérer son potentiel. Pour les éditions Noctambule, il a exécuté une version en bichromie et ajouté quelques pages et ellipses. Il a doté l’objet d’une couverture superbe et l’éditrice l’a paré d’un fourreau splendide qui contribue avec son format à l’italienne à en faire un livre élégant et classieux.

Au fil des pages, le bédéiste s’enfonce dans son délire, se régale projetant de plus en plus d’énergie. Son récit est très cinématographique, sombre, crépusculaire et captivant. C’est une histoire de vengeance, impitoyable, comme on les aime. On reconnaît au premier coup d’œil son sens du rythme et sa science du cadrage.

Pour cet opus, il a composé ses dessins sur des carnets moleskine et procédé à quelques assemblages. Il exploite parfaitement le contraste saisissant entre l’action et le calme des forêts enneigés du Grand Nord.

Il a encré les crayonnés directement et utilisé la plume, des pinceaux secs peu nettoyés pour apporter un aspect rude, âpre et rugueux. Cette technique donne au livre un côté irrégulier, racé et exceptionnel à la fois lisible, intrigant, accrocheur et hyper efficace.

Dernier souffle est un objet merveilleux, une performance époustouflante qui ne peut qu’emporter l’adhésion tant la démarche est sincère, ambitieuse et le rendu splendide.

Chronique de Stéphane Berducat

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