FANG

J’ai eu la chance de faire la connaissance de Goupil, le renard qui a eu la bonne idée de me présenter sa cousine Fang, une canidé qui n’a pas froid aux yeux. Joe Kelly et Niko Henrichon s’allient aux Humanoïdes Associés pour nous conter les mésaventures de cette attachante et intrépide rouquine.

Au royaume verdoyant de Shanta’Droni, les hommes vivent avec les animaux mais la cohabitation entre les deux espèces s’avère délicate. Dans cette cité, la famine et la sécheresse frappent les villages et leurs habitants. Des créatures polymorphes pillent les récoltes et assèchent les cours d’eau à l’aide d’une magie obscure. D’ espiègles succubes usurpent l’apparence de n’importe qui pour semer la zizanie. Dès qu’un mal frappe la population, les rassemblements gagnent en ampleur et la suspicion est de mise. Les lynchages publics deviennent monnaie courante. Les pauvres paysans qui exploitent les ressources offertes par dame nature sont des victimes innocentes.

C’est dans ce contexte que surgit un petit mammifère carnivore qui bat la campagne, Fang. Elle est rusée, subtile à l’image de son espèce. Fang a été initiée par sa mère à la chasse au démon, elle traque puis tue ces êtres malfaisants afin de maintenir l’équilibre et la paix. Notre héroïne est une combattante exceptionnelle, elle parcourt des territoires hostiles mais cache un secret très lourd à porter. Elle affronte courageusement des adversaires supérieurs en poids et en taille. Casser du méchant est l’unique objectif et cheval de bataille de Fang du moment que cette quête serve une cause noble et qu’elle lui permette d’enrayer la menace.

Joe Kelly prouve avec facilité qu’il est capable d’ alterner des titres commerciaux et d’autres plus indépendants. Il a collaboré avec les deux majors que sont Marvel et DC Comics. Il a usé son clavier sur Superman, Spider-Man, Deadpool et tant d’autres. C’est avec des projets comme Steampunk (trop en avance sur son temps), I Kill Giants et maintenant Fang que Kelly dévoile ses talents de conteur. Le script respire l’inventivité, le monde médiéval côtoie l’Heroic fantasy et le Japon féodal. La narration millimétrée pleine de rythme se marie impeccablement avec la conception d’un univers surprenant et complexe. Le récit est bien ficelé, les dialogues sonnent de manière cinglante. La thématique familiale tient une grande importance dans la production de Joe Kelly, il approfondit la relation intime entre la jeunesse fougueuse et la mort. Son storytelling est intelligent et élaboré en prenant tout de même le temps de rendre cette aventure divertissante en plus d’être amusante. Ce scénariste injecte de la puissance dans l’inspiration et la création. Avec ce man of action, la bande dessinée se transforme en un loisir déployant des trésors d’imagination sans aucun temps mort.

Il fallait un artisan généreux et talentueux pour faire honneur à cette histoire cossue, Niko Henrichon n’est pas en reste avec des planches d’une finesse exquise. L’illustrateur met la barre très haute. Ce forçat du neuvième art est un Canadien qui a fait ses études artistiques en Belgique. Il travaille aujourd’hui pour l’Amérique et l’Europe. Ce parcours esthétique international et atypique pousse l’artiste à prendre le meilleur dans chaque discipline, son dessin est un patchwork qui s’affranchit des codes graphiques. Henrichon affiche une mise en page passionnelle et un découpage classieux. Les arrière-plans sont exécutés avec minutie, ils fourmillent d’informations et de détails. Le crayonné est peaufiné jusqu’à l’extrême pour passer à l’étape d’un encrage méticuleux exécuté avec justesse. Ce procédé traditionnel lui permet ensuite d’appliquer les aquarelles pour les décors, les pastels gras pour accentuer l’aspect démoniaque des personnages avec la délicatesse du pinceau, la rigidité de la plume et la légèreté du bâtonnet. La représentation superbe et la fulgurance des scènes de combats explosent littéralement les cases, ces techniques mixtes lui permettent de toucher au sublime. Elles sont mises en valeur par une colorisation directe extraordinaire. Avec Niko Henrichon, l’art de l’image atteint un état de grâce. Faites-vous plaisir visuellement avec Pride Of Baghdad, Hostile, Noé et son diptyque du Méta-Baron…ce mec est bluffant !

Force est de reconnaître que je n’en attendais pas tant avec ce titre, Fang se mue en une lecture agréable voire inattendue. Je me suis pris d’affection pour cette guerrière futée et kamikaze. Du coup, les pérégrinations chevaleresques de ma rousse farouche préférée deviennent mon coup de cœur pour cette fin d’année. Il est donc assez logique que je trépigne d’impatience pour une suite prévue mi-2022 aux Humanos.  

Chronique de Vincent Lapalus.

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