Les grands cerfs

Les grands cerfs, c’est un livre dessiné à la frontière des genres, entre bande dessinée et artbook, documentaire et polar, un opus assez inclassable mais absolument renversant.

C’est une balade magnifique et un one shot captivant.

L’album édité par Daniel Maghen est une réalisation de Gaétan Nocq, un auteur qui ne cesse de nous enchanter avec une démarche picturale singulière. Il s’était déjà illustré en composant des récits historiques remarqués dans lesquels la faune et la végétation occupaient une place importante, il n’est donc pas surprenant de le voir mener aujourd’hui un tel projet.

Il nous propose une immersion délicate, artistique et scientifique et une belle démonstration de son talent.

Tout démarre par un coup de cœur, celui d’un artiste pour une voix diffusée à la radio, celle d’une écrivaine venue promouvoir un roman dans lequel elle partage son expérience et ses inquiétudes. Il a parcouru l’ouvrage dont il a conservé le titre évocateur et décidé de se l’approprier.

C’est un rendez-vous avec une observatrice attentive et son univers, la vallée Vosgienne. Le bédéiste a plongé dans ce monde qui lui était étranger mais dont elle parlait si bien. Il l’a accompagnée dans sa métairie, dans son affût puis il a laissé parler sa sensibilité. Il a dessiné en pleine forêt afin d’apprivoiser l’environnement et ses habitants. En près de 18 mois, il a rempli 4 carnets à dessins et exécuté 220 pages qui composent un livre splendide.

Claudie Hunzinger s’est laissée séduire. Elle a donné son accord et on ne peut que la remercier quand on voit l’adaptation magistrale que le carnettiste est parvenu à produire.

Il est parti à la découverte d’un animal majestueux. Après une nécessaire recherche documentaire, il a à force de croquis et d’esquisses trouvé le coup de crayon approprié pour mettre en mouvement le grand cervidé.

Il apporte dans cette entreprise un point de vue, un angle pertinent et même s’il a été fidèle au texte initial, il a fait des choix percutants. Un redécoupage s’est imposé, une sélection, et quelques focus sur des scènes essentielles. On peut observer un sens de l’épure aiguisé qui débouche sur une narration subtile et efficace. Les passages muets nous permettent de contempler et de nous laisser porter. Après une mise en bouche judicieuse, il nous entraîne avec un chapitrage subtil dans l’espace et le psychisme

Pour tenir le lecteur en haleine, il a accentué le côté enquête. Il nous présente son personnage principal Pamina, une écrivaine qui s’est installée avec son compagnon Nils aux Hautes-Huttes. Petit à petit, elle s’est passionnée pour les cerfs qui la fascinaient.

En l’accompagnant dans ses pérégrinations, on entrevoit une société humaine qui travaille autour de la chasse et on apprend beaucoup. Peu à peu, on est bousculés et on s’interroge évidemment sur la place de l’homme au sein de la biodiversité.

Côté dessin, on est heureux de retrouver la technique d’un artiste qui pense en lumière, pose des surfaces, des touches de couleurs qu’il modèle à sa guise. Le dessin arrive à la fin et il est totalement au service d’un environnement resplendissant. Le casting figure sur les pages de garde. Il y a d’un côté les animaux et de l’autre les humains Ils sont les acteurs d’une pièce qui se joue devant nous et qui nous laisse une très forte impression.

Pour parvenir à ce résultat, il emploie de la craie sèche, de l’acrylique et des crayons de couleur. Il utilise des nuances de bleu, du violet, du gris, de l’azur et puis du magenta lorsque la tension monte, des tonalités oniriques et psychiques qui nous envahissent.

Les grands cerfs, c’est une œuvre très aboutie, finalement davantage psychique que naturaliste qui nous invite avec des planches éblouissantes à revoir notre rapport au monde et à ouvrir les yeux, tout simplement.

Chronique de Stéphane Berducat

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