BLACKSAD Alors, tout tombe. Première partie

Blacksad, le polar animalier le plus réussi de ces dernières années est de retour ce qui constitue dans le monde de la BD un événement incontournable et retentissant.

Il est en effet assez rare qu’une série fasse à ce point l’unanimité. La saga scénarisée par Juan Díaz Canales, illustrée par Juanjo Guarnido et éditée par Dargaud est le fruit d’une belle alchimie, de l’association heureuse de deux bédéistes généreux qui ont le talent rare de nous embarquer, nous divertir et de nous éblouir à chaque fois en composant des albums dans lesquels chaque détail est savamment réfléchi.

Lire un Blacksad c’est une balade sensorielle enthousiasmante, un spectacle de haut vol. Il y a bien la première lecture pleine de surprises et de rebondissements à laquelle succèdent les suivantes, nécessaires pour appréhender les rouages, l’intrigue à plusieurs tiroirs, les références nombreuses glissées avec intelligence. Puis il y a l’observation des illustrations de chaque case, le soin apporté à la mise en scène, le choix des angles de vue et des couleurs directes enivrantes.

Les deux espagnols n’en sont pas à leur coup d’essai. On redoutait que cette première partie de diptyque intitulée « Alors, tout tombe » ne soit pas à la hauteur, on avait tort. Elle est vertigineuse. On retrouve rapidement le savoir-faire, la mécanique affûtée de celui qui a été choisi pour poursuivre l’œuvre d’Hugo Pratt. Il donne ainsi depuis 3 volets avec son compatriote Rubén Pellejero une seconde vie inspirée aux périples de l’énigmatique Corto Maltese. La fibre sociale de l’auteur, ses engagements du côté des moins favorisés, contre le racisme et ses réflexions aiguisées sur la vie, l’espace, le pouvoir, le journalisme, l’Art tout y est, de même que sa passion pour une terre où tout est soi-disant possible. Comme à son habitude, il excelle pour ancrer sa narration dans une époque par le biais d’une Bande Originale pertinente.

Notre matou préféré empathique et bagarreur revient dans la grande pomme et il est en grande forme L’ancien boxeur est engagé pour protéger Kenneth Clarke, le président du syndicat des travailleurs du métro de New York avec lequel il semble avoir quelques atomes crochus. Mais hélas, leur relation sera de courte durée car le syndicaliste gênant sera liquidé expressément. Il n’est jamais confortable de tenir tête à des individus ambitieux, machiavéliques et résolus à éliminer tout ce qui se met en travers de leur route. C’est une fois encore dans les années 50 que le félin évolue, une période pendant laquelle l’Amérique a connu son apogée, c’est le temps des certitudes et bien que la démocratie libérale soit puissante, la mafia ne cesse d’y prospérer.

Une fois de plus, Juanjo Guarnido nous en met plein les yeux avec des personnages anthropomorphes sublimes et des décors fabuleux. Avec un découpage numérique lisible et élégant, un encrage parfait et des couleurs à l’aquarelle appliquées avec délicatesse, il nous entraîne dans un récit captivant. Que ce soit sous la terre, sur le sol ou dans les hauteurs, ses mises en scène et sa science du mouvement font mouche. Chaque planche est un enchantement. L’artiste a composé ses acteurs avec malice et on se régale à l’avance à essayer de deviner lequel se transformera prochainement en statuette. Carlos, le porc épic ou Iris l’alpaga ? Les bêtes véhiculent les stéréotypes avec une efficacité redoutable et l’action est toujours astucieusement représentée. L’artiste, lauréat du prix national de la BD et du Eisner Award a une technique époustouflante et un univers graphique réaliste singulier et fascinant. Dans ce sixième opus, il glisse çà et là des clins d’œil appuyés aux superhéros qu’il adore.

Avec ce nouvel album, les deux amis signent un retour convaincant et prouvent que ce projet qu’ils mûrissent depuis tant d’années a encore un beau potentiel. Ils dictent la cadence, fonctionnent à l’envie, résistent à toutes les pressions et confessent un évident plaisir.

Et si c’était ça, les raisons de leur immense succès populaire et critique?

Chronique de Stéphane Berducat.

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