MEADOWLARK

Une évasion de dangereux détenus, un face à face père fils luttant pour leur survie dans un contexte d’une violence inouïe, voilà ici réunis les ingrédients qui vont faire de Meadowlark, ce pavé de 250 pages scénarisé par Ethan Hawke et illustré par Greg Ruth un thriller captivant bourré d’adrénaline mâtiné d’un récit intimiste extrêmement touchant. Ce comics pas comme les autres est paru aux Éditions Robinson, le label BD d’Hachette. 

Un miroir aux alouettes

« Certes, il est respecté au pénitencier mais ça reste un pauvre type qui a raté sa vie. »

Il, c’est Jack Johnson, un gardien de prison. Mais pour Cooper son fils, il reste Jack « Meadowlark » Johnson, champion de boxe à une autre époque. Et le fiston est plein d’admiration. Il n’est qu’à voir le regard idolâtre qu’il jette sur l’affiche qui trône au-dessus de son lit, non loin des gants de boxe. Rien d’étonnant alors qu’il n’ait que mépris pour le nouveau compagnon de sa mère Barry « l’autre abruti qui ne trouverait pas d’eau dans une rivière » et qu’il ne cesse de lui jouer des tours pendables, le dernier en date étant d’avoir piqué les 4 roues de la Pontiac Firebird qui, soit dit en passant, appartenait à son père mais vu qu’il avait un sacré retard dans le versement de la pension alimentaire …  Cet acte va être lourd de conséquences. Contraint par les circonstances à passer la journée avec son père en prison, le voilà au mauvais endroit au mauvais moment car c’est ce jour-là précisément que va éclater une émeute couvrant l’évasion de trois malfrats psychopathes : Red, une espèce de King Kong albinos, Wolf boy au front barré du tatouage « Lucifer » et Colton Brady, une gueule d’ange, mais pas le moins dangereux des trois.

Suite aux mauvaises décisions de Jack, Cooper va être témoin de choses qu’il n’aurait jamais dû voir. Tous deux vont alors se trouver embarqués dans un roadtrip de tous les dangers où ils vont devoir lutter ensemble pour leur propre vie . Magnifique face à face d’un père et son fils, grand moment de vérité pendant lequel chaque mot, chaque regard va prendre de l’importance.

Roadtrip et relation père fils

Aux manettes de ce roadmovie, Greg Ruth, dessinateur bien connu outre-Atlantique et Ethan Hawke. Oui, oui, il s’agit bien du Todd Anderson du « Cercle des poètes disparus », du Jack de « Croc Blanc », de l’auteur d’« Un automne à Central Park ». Il a troqué ici ses casquettes d’acteur, producteur, réalisateur et écrivain contre celle de scénariste de BD, ce qui n’est pas la première fois puisqu’un premier album du tandem Ruth/Hawke, « Indeh, une histoire des guerres apaches » était déjà paru chez Hachette Comics en 2017.

Ethan Hawke au scénario, c’est la garantie d’un traitement cinématographique tant dans le découpage que le cadrage avec une grande variation des angles de vue. Vont se succéder tout au long de l’album des planches où les plans rapprochés sur les visages du père, du fils donnent encore plus de poids aux mots ainsi que des planches muettes qui sont tout aussi parlantes. Lors des scènes d’action tout s’accélère et le dessin devient extrêmement énergique et dynamique. Enfin, la réalisation des planches en quatre cases maximum apporte une grande lisibilité et une grande fluidité au récit.

Des illustrations de toute beauté

Comment ne pas être interpellé par cette magnifique couverture au visage impénétrable ?

Si on excepte la large traînée rouge, les tons utilisés préfigurent ceux de l’album : des camaïeux couleur sable pour l’essentiel qui accentuent l’atmosphère poussiéreuse, poisseuse ainsi que des tons bleutés ou des variations de gris. Les planches sont de toute beauté. Greg Ruth s’est inspiré de photos tant pour les portraits que les paysages et son trait réaliste n’en est que plus efficace. Les personnages sont extrêmement expressifs et les émotions palpables.

Les paysages envahissent l’espace et leur côté paisible n’en fait que plus ressortir l’extrême violence des scènes d’action. Certaines illustrations sont surprenantes parfois, telle l’émergence d’une immense statue dominant les arbres de toute sa hauteur. Un petit tour sur Internet et on peut retrouver la photo. Il s’agit de la plus haute statue au monde érigée en hommage à un héros américain : Sam Huston, grande figure de l’histoire du Texas.

Meadowlark … « Un récit noir et initiatique » peut-on lire sur la couverture, voilà qui définit parfaitement ce one-shot d’une grande dureté où confrontés à des conditions extrêmement violentes où leur survie même est en jeu, père et fils vont voir leur relation évoluer ce qui mènera à la mutation d’un ado difficile en un jeune adulte prenant son destin en mains. 

Chronique de Francine Vanhée.

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