Middlewest

Si un besoin d’évasion se fait ressentir aujourd’hui, alors je vous conseille fortement Middlewest. Cet album est une bouffée d’oxygène, une aventure trépidante et un titre jeunesse magnifique. Il est habilement mis en cases par Skottie Young, Jorge Corona et Jean-François Beaulieu et édité par Urban Link

La vie au Midwest est rude, c’est un état constitué de vastes prairies et de grandes plaines. Cette région est plate comme un pancake. La culture du maïs est la production principale de ce côté des États-Unis. Abel est un petit bonhomme qui vit avec son père Dale dans un mobil home. Dale est un parent isolé depuis que Sue, sa femme, a décidé de quitter un mari trop directif et très à cheval sur la discipline. Abel mène une vie de bohème entre les copains et son travail de livreur de journaux. Son meilleur ami s’appelle Alo, c’est un renard parlant. Mais un jour, le garçon ne supporte plus l’autorité paternelle. Une dispute éclate entre le papa et son fils, elle débouche sur une confrontation. L’enfant choisit de fuir le chef de famille strict à l’excès. Il fait son baluchon et décide de tailler la route. Dale l’attend sur le chemin et le rattrape. Il rentre dans une colère noire puis se change en orage. Une catastrophe naturelle s’abat sur la ville de Middlewest. Abel est surpris. ll réussit quand-même à prendre la fuite mais son géniteur lui laisse une marque sur le torse en le touchant. Le p’tit gars longe la voie ferrée et trouve la libération grâce au  premier train qui passe. 

Une fois à l’intérieur du convoi, des hommes oiseaux assez étranges tentent de l’enlever lui et son animal de compagnie. Un vieil ermite  du nom de Jebediah viendra à sa rescousse. Faisant connaissance avec le jeune homme, il se révèle être un puissant sage. Arrivé à la casse qui lui sert  de domicile, « Jeb » observe la cicatrice d’Abel, qu’il appelle un cœur d’orage. Le sorcier comprend rapidement le danger que peut représenter l’adolescent non seulement pour lui-même mais aussi pour ses proches. Il lui parle d’une magicienne qui se nomme Magdalena et désire l’emmener la rencontrer afin qu’elle puisse l’aider. Abel se sauve de nouveau mais il rejoint la troupe itinérante Hurst après un périple contre le troll du vieux pont couvert. Arrivé à destination et pour se nourrir, Abel détrousse les clients de la fête foraine ce qui l’amènera à rencontrer la fameuse Magdalena, la directrice de cette troupe de saltimbanques. Pour payer sa dette et le préjudice porté au groupe de forains, Abel devra travailler à la foire. Finalement, il y découvrira la stabilité et une nouvelle famille qui l’accueille à bras ouverts. Ses nouveaux amis sont Bobby et Molette, les bricoleurs de service.

« Magda » prend tout de même la décision d’épauler Abel et par des moyens surnaturels, elle confronte le gosse à ses souvenirs ainsi qu’à son subconscient. C’est une grossière erreur qui mettra la population locale et les employés en grand danger. Un cataclysme biblique risque de s’abattre. De son côté, Dale ne se décourage pas et recherche activement sa progéniture. Il suit la direction prise par son fils. Une tempête est en marche et la colère d’un ciel ombrageux gronde.

Après avoir réalisé de superbes adaptations graphiques sur le magicien d’Oz, Skottie Young avait pris la casquette d’artiste complet sur I Hate Fairyland. Il avait relâché la pression avec un titre à l’humour cocasse et potache mais il revient aux choses sérieuses avec Middlewest en tant que scénariste. Il signe un comic-book féerique qui traite de thématiques sensibles. Il aborde avec justesse les liens familiaux difficiles, l’enfance douloureuse et la paternité laborieuse mélangés à un soupçon de fantastique. Il produit une odyssée extraordinaire remplie de sensibilité.

Young a trouvé en Jorge Corona son jumeau illustrateur. Le dessinateur se trouve dans la même ligne artistique que son auteur. Ce livre transpire l’enthousiasme et son dessin est parfaitement adapté pour le jeune public. L’exagération du trait se pose à merveille sur le papier, Corona réalise un travail très « cute » voire doux. Le découpage est archi-dynamique. Une grande énergie est déployée dans le tempo et la cinématique. L’esthétique l’est tout autant comme le prouvent ces fermes croquées et empilées comme des montgolfières clouées au sol ou ces véhicules aux contours généreusement ronds. Les couleurs de Jean-François Beaulieu provoquent l’émerveillement à chaque page. Les teintes varient et s’adaptent à l’atmosphère que requiert le récit. La colorimétrie numérique se met au service d’un script colorisé, texturisé et conceptuel.

Pour conclure, le fauve d’Angoulême délivré à cette bande dessinée est amplement mérité. Et si vous sentez un petit frisson vous caresser la nuque lors de la lecture, c’est que cette œuvre vous aura emporté dans l’œil de son cyclone.

Chronique de Vincent Lapalus.

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