LA FORTUNE DES WINCZLAV: T1. VANKO 1848

Quel plaisir de retrouver Jean Van Hamme !

L’homme est un faiseur d’histoires habile qui excelle pour créer des scénarios calibrés dans lesquels il distille avec science informations et suspense.

Avec l’opus introductif de cette nouvelle trilogie intitulée La fortune des Winczlav, il pose la première pierre d’une saga familiale prometteuse éditée par Dupuis.

Largo Winch est l’une de ses plus belles créations, un succès populaire et critique important qui a marqué une génération de bédéphiles avec des diptyques dans lesquels se conjuguent à la perfection action et sensualité.

On imagine aisément le plaisir, l’émotion ressentis par l’auteur à l’idée de retrouver son héros contemporain et charismatique qu’il a magistralement fait évoluer. Il avait le don de le plonger dans des aventures périlleuses mais aussi d’imaginer des scènes d’action vivantes et réalistes qui permettaient à Philippe Francq de se surpasser. Il revient enfin sur les origines de l’héritier contestataire. On prend plaisir à découvrir ses ancêtres tout en espérant avoir enfin des explications sur son immense fortune.

Dans Vanko 1848, il offre une démonstration. Il signe une intrigue dans laquelle les événements s’imbriquent avec facilité et aisance. Tout est cohérent, pensé laissant transpirer une longue maturation. Le contexte historique est rigoureusement construit. Son acteur principal est un jeune médecin courageux qui prendra la tête d’une insurrection visant à défendre les droits des paysans du Monténégro. Après une violente répression et une période passée à se cacher, il sera dénoncé et contraint à l’exil. Il débutera alors un long périple qui le conduira en Amérique. Son diplôme n’étant pas reconnu, il y exercera comme infirmier avant de se marier puis d’avoir un fils. Le jour de ses 35 ans, il sera injustement condamné, incarcéré et dans l’obligation de servir pendant la guerre de Sécession en tant qu ’ambulancier. A l’issue de cette boucherie, l’homme fera le choix de déserter débutant une mystérieuse cavale. Le gentleman délicat croisera sur sa route des femmes exceptionnelles qui contribueront à la réussite de ses projets. On suivra ensuite son fils adoptif Sandor qui partira vaillamment à la conquête de l’Ouest ainsi que son descendant naturel Milan qui tentera sa chance dans le sud.

Ce n’est rien de moins que l’histoire des États-Unis d’Amérique que l’on revisite par le biais de cette fresque romanesque captivante et ambitieuse. Le romancier nous invite à accompagner des personnages attachants dans leurs parcours de vie. Bien que chahutés, ils affichent une énergie entraînante, un enthousiasme à toute épreuve et on embarque facilement à leurs côtés. On fait du même coup un joli tour d’horizon de la nature humaine. Le bédéiste sert une vision réaliste d’un monde cruel et dangereux dans lequel on croise des traîtres, des salauds, des profiteurs en tous genres, bref de belles pourritures.

Philippe Berthet signe une prestation graphique de très haute qualité. Il se met au service d’une narration qui lui permet d’exprimer ses nombreux talents. Il met en place un découpage vivant, dynamique où les cases défilent superbement. Il parvient presque à nous faire oublier des textes parfois imposants mais nécessaires pour installer une fiction dense.

Le lecteur saura apprécier à sa juste mesure l’ équilibre subtil trouvé par un virtuose du dessin. L’artiste utilise une riche palette d’effets en tous genres pour produire un rendu époustouflant de maîtrise et de beauté. Il prouve qu’avec son trait précis et affûté il est capable de tout dessiner, une nature sauvage, des paysages somptueux, des scènes de batailles sanglantes et évidemment, on le savait déjà des personnages majestueux.

Si le lettrage de la série est peut-être moins convaincant, les couleurs de Meephe Versaevel ne peuvent que remporter l’adhésion. Elles constituent une divine surprise, offrant une harmonie visuelle agréable.

On appréhendait le dernier round d’une icône en quête d’un triomphe facile, on était très loin du compte. Jean Van Hamme fait preuve d’un impressionnant savoir-faire et nous ravit une fois de plus. Il s’est encore entouré d’ un artiste au style inimitable et le résultat dépasse toutes nos espérances.

Cet album est une merveille et il laisse entrevoir de bien jolies choses.

Chronique de Stéphane Berducat.

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