Batman Curse Of The White Knight

Sean Gordon Murphy réitère l’exploit de pondre à nouveau un succès critique et commercial avec Batman Curse Of The White Knight, la suite de White Knight aux éditions Urban Comics.

Jack Napier ayant disparu, le Joker est ramené et enfermé à Arkham. Le clown prince du crime, du fond de sa cellule, va remettre le couvert et faire des siennes pour s’évader du célèbre asile pour criminels. Désormais, il a en sa possession un terrible secret qui peut provoquer la chute de la famille Wayne et par conséquent celle du chevalier noir. Il espère ainsi mettre le feu aux poudres dans cette bonne vieille ville de Gotham. Pour cela il va s’allier à l’élite, nouvelle incarnation de la cour des hiboux. Des ultra-riches qui contrôlent la cité en sous-main à grand coup d’expropriations. Ils rachètent l’immobilier à bas prix, délogent les plus démunis, et piochent dans les investissements de Bruce Wayne.

Un problème persiste depuis que l’aïeul Wayne s’est débarrassé de Lafayette Arkham avec l’aide du prêtre Bakkar au dix-septième siècle. Ces deux familles auraient dû logiquement prendre en main la destinée de la ville, et seul Edmond (Wayne) en réchappa. Étrange! Le bouffon psychopathe va exploiter l’affaire pour trouver un nouveau bras vengeur en la personne du justicier Azrael, Jean-Paul Valley descendant de la lignée déchue des Bakkar.

La métropole est sur le point d’imploser, la criminalité est partout. La GCPD et le GTO sont désarçonnés. Ils manquent cruellement de ressources pour combattre ce fléau. Le vigilantisme représenté par Batman est très critiqué. Ses actions maintiennent l’ordre mais sont la cause d’énormes dégâts collatéraux. La population gothamite en paye chèrement les frais. Mais la manifestation d’Azrael va changer la donne. Ce paramilitaire à la retraite et atteint d’un cancer en phase terminale, va se sentir investi d’une mission divine grâce à l’apparition messianique d’un Joker diabolique.

Gotham City deviendra une zone de guerre, un champ de bataille pour les héros comme pour leurs ennemis. Cette guérilla urbaine prendra une forme de croisade christique lors de la confrontation entre le caped crusader et le dernier chevalier de l’ordre religieux templier. Les pertes se compteront aussi bien chez les puissants que les indigents. Aucun protagoniste n’est à l’abri de représailles sanglantes. La mise à l’épreuve sera rude pour le Dark-Knight. Batman n‘est pas seul dans son périple, il est soutenu par Batgirl et Robin. Harley Quinn aussi deviendra un phare dans la nuit pour notre chauve-souris. Il se doit de combattre non seulement le Joker mais aussi Azrael. L’affrontement final prendra une tournure dantesque qui malheureusement se conclura de manière poignante et déchirante. Dans sa quête d’héroïsme, le surhomme doit assumer ses actes quitte à se mettre en danger car tout a un prix.

DC Comics prête son jouet à Sean Gordon Murphy. L’artiste est débarrassé de la trop pesante continuité, il s’approprie le mythe du vigilante de Gotham avec brio pour la seconde fois. Sous sa plume, il crée son propre univers alternatif de Batman. Il pioche dans ce qui se fait de mieux concernant le héros : comics, films, animations et séries… Les lecteurs trouveront toujours des clins d’œil et autres méta-références. Mais pour son histoire, Curse Of The White Knight se déroule un an après les évènements de White Knight, ça va vite et fort. Bien moins politisé, le récit reste extrêmement bien rythmé et pugnace. Murphy traite l’évolution du personnage sur un ton réaliste. La narration mélange des faits existants tels que la crise de l’immobilier aux États-Unis avec le genre super-héroïque typiquement américain. L’action est non-stop. Nous assistons à un déferlement de courses poursuites endiablées en bat-véhicules sur le bitume et de rixes hyper-chorégraphiées dans les ruelles sombres de Gotham. C’est un cocktail de thématiques qui fait des merveilles. Une interprétation toute personnelle poussée au maximum par le biais d’une intrigue faite de pistes multiples, de cliffhangers cuisants et de drames. Un canevas développé de manière puissante sur huit chapitres.

Mention spéciale pour les passages entre les chevaliers Noir (Bruce) et Blanc (Harley). Catwoman est de nouveau absente du casting chez Sean Gordon Murphy mais nous en connaissons la raison. Une nouvelle dynamique relationnelle se crée entre le play-boy milliardaire et l’ex-criminelle repentie. Tout est effleuré voire suggéré, mais leurs intentions sont tissées en filigrane et avec justesse.

Ayant opté pour l’édition noir et blanc, je voulais apprécier pleinement le travail sans fioritures de cet illustrateur exceptionnel. Il est la nouvelle superstar du comics pour les décennies à venir. Que dire de son art à part que tout y est impeccable?. Que ce soit pour le trait, les designs (sa batmobile qui me rappelle les véhicules de police volants de Blade Runner), les proportions, les cadrages, les vignettes et les effets. La maestria de son encrage délicat donne de la matière à l’image pour une mise en page des plus classieuses. Sa technique et son sens de la mise en scène démontrent une énorme maturité artistique. Murphy tire le meilleur des trois grandes catégories de la bédé. L’ambiance type pour le comic-book, les pages chargées en détails propre à l’européenne et la fulgurance du manga. Un dessin monumental au service d’une esthétique exceptionnelle. Le créateur s’impose et monte en puissance à chaque projet.

L’immense Klaus Janson apporte sa contribution pour la partie intitulée Von Freeze.

Avec White Knight, Sean Gordon Murphy transforme l’essai comme l’une des plus belles histoires de la chauve-souris aux côtés du DK de Frank Miller. Je ne vais pas vous faire un dessin, ce diptyque publié aux éditions Urban Comics est un must-have à posséder urgemment.

Chronique de Vincent Lapalus.

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