Élise

Si le nom de Fabian Menor ne vous est pas connu, ce n’est pas bien grave et c’est un peu normal ! Cependant, il faudra vous en souvenir. Jeune auteur Genevois, Élise est sa première BD. Elle a trouvé sa place aux éditions La joie de lire, dans la collection Somnambule. Cet éditeur a vu le jour sur terre genevoise en 1987 et il s’est spécialisé dans la littérature jeunesse. Dans son catalogue vous pourrez découvrir divers ouvrages : romans, albums et documentaires, mais aussi un certain nombre de bandes dessinées. Attention, l’assortiment publié par leur soin regorge d’auteurs qui ont fait, depuis, un sacré chemin : Alex Chauvel, Blanquet et Lionel Richerand, mais aussi Wazem, Guillaume Long et Tom Tirabosco.

Fabian Menor a débuté tôt dans le monde de l’illustration. A 14 ans, déjà, il réalise des strips mensuels pour un journal de sa région « Le Lancéen ». Détenteur d’un diplôme de graphiste, il achève en 2019, sa formation à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration à Genève en Suisse ! Pour ce premier récit, il s’inspire d’une histoire vraie, celle de sa grand-maman.

Élise se rend tous les jours à l’école avec son frère et sa sœur. Chaque matin, c’est le même rituel, l’institutrice vérifie la propreté des mains et des ongles. Puis, ils se placent debout derrière leurs pupitres. C’est seulement quand la maîtresse le décide qu’ils ont le droit de s’asseoir. Ce 16 mai, ils réalisent des dessins d’observation. Élise, assise à côté de Michel, lui demande s’il veut bien lui prêter son crayon vert, le jeune garçon refuse. Elle insiste, l’enseignante lui assigne de se taire plusieurs fois. La jeune fille persiste, la punition tombe. La voilà à genoux, face contre le mur avec deux encyclopédies qu’elle doit tenir au-dessus de sa tête. Les minutes s’écoulent et elle a besoin de se rendre aux toilettes. La mégère ne plie pas et l’astreint à rester dans son coin. La pauvrette n’y tient plus et se fait dessus ! C’est la honte, tous les élèves rigolent et se moquent d’elle.

Heureusement, à la fin de l’étude, comme à son habitude « Dick » leur chien attend la fratrie devant le portail du collège pour rentrer à la maison. Élise déboussolée par les événements, raconte ce qui est arrivé à son ami canin. Du tac au tac celui-ci lui répond. Elle et son chien ont développé une interconnexion. Chez elle, sa maman est surprise de la voir ainsi souillée, mais ne relève pas l’événement. Le lendemain tout le village est au courant de l’incident et sur le chemin de l’école les remarques cinglantes fusent et l’atteignent telle une rafale de mitraillette. Une nouvelle journée s’écoule et cette fois c’est au tour d’Henriette de se faire rabrouer par la professeure… Élise aimerait parler à ses parents des remontrances et gestes déplacés de l’éducatrice sur les élèves, mais son papa voit en elle une femme « délicieuse ». Même son épouse qui trouve qu’elle a un peu la main leste avec les enfants n’arrive pas à le convaincre… Jusqu’où cela doit-il aller avant que les adultes se rendent compte que ce qu’il se trame en classe n’est plus acceptable ?

Des récits comme celui-là j’en ai entendu au sein de ma famille racontés par ma grand-mère, mon père et ma mère. A croire qu’à cette époque, plus on prenait de coups et d’humiliations plus ça faisait de nous une femme ou un homme. Fabian Menor, nous dépeint le calvaire qu’a vécu sa mémé avec un dessin tout de noir vêtu dont il se dégage une profonde délicatesse. Réalisé de façon traditionnelle à l’encre et à la plume, il émane de tout l’album une ambiance à la fois lourde, obscure, mais par moment plus légère. Les personnages sont expressifs et on devine dans l’animation des visages et des gestuelles apposées sur le papier toute l’horreur que les mômes ont endurée. Il aura fallu que la petite fille rentre chez elle avec des marques de coups sur le visage pour que son père ouvre finalement les yeux.

Dans un monde qui évolue à chaque instant et surtout en ces temps, il est bon de se souvenir, en toutes circonstances, que l’on doit protéger toutes les personnes qui cohabitent avec nous. Que ce soit un enfant, un adulte ou tout autre être vivant, la bienveillance s’impose. Fabian Menor aura su, par le biais de son aïeule, nous remémorer qu’à une époque il y a eu des personnes qui se pensaient au-dessus des autres. C’est une histoire menée avec intelligence qui rappelle que pour bien vivre, le respect de tous est essentiel.

Chronique de Nathalie Bétrix

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