LE CHÂTEAU DES ANIMAUX T2: Les marguerites de l’hiver

Après un époustouflant premier volet intitulé Miss Bengalore, le château des animaux continue sa route avec un second tome intitulé les Marguerites de l’hiver. Dans cet album, les éléments se déchaînent et la tension monte d’un cran.

Xavier Dorison et Félix Delep, poursuivent leur délicieuse tétralogie éditée par Casterman.

Ils réalisent une fiction animalière inspirée par le cultissime roman de Georges Orwell : La ferme des animaux. Il s’avère compliqué de soutenir la comparaison avec un texte aussi brillant percutant et visionnaire que celui-ci et pourtant les auteurs s’en sortent assez bien.

Au château, la terreur règne et il ne fait pas bon faire un pas de travers. Les animaux les plus vulnérables sont corvéables à souhait et à la merci du tyran Silvio et de ses fidèles gardiens.

Pourtant, la venue au château du rat Azélar a éveillé les esprits et distillé les rêves de jours meilleurs. Le spectacle qu’il a interprété a semé l’agitation, allumé la mèche et lui a valu de subir de sanglantes représailles. Il a introduit l’humour, une arme qui s’avère redoutable quand on sait s’en servir.

Le quotidien reste un calvaire et avec l’hiver et les sacrifices consentis, le travail ruine peu à peu les corps. En réaction à des conditions toujours plus dures, la rébellion est née et elle semble avoir trouvé sa cheffe, une chatte courageuse et sage dont l’artiste maîtrise parfaitement les contours. Elle a aussi son éminence grise qui tire les ficelles en coulisse. La cohésion se renforce et les revendications germent, les injustices étant de plus en plus flagrantes. Le rapport de force se met lentement et durablement en place, l’affrontement semble inévitable.

Les marguerites de l’hiver est un bel album, une suite honorable dans laquelle les scènes s’ enchaînent proprement. Le scénariste développe une intrigue désormais bien installée mais l’opus liminaire était tellement brillant que l’on ressort un petit peu moins emballé et avec la folle envie d’être davantage bousculé. La lecture est néanmoins agréable bien qu’un peu entrecoupée par des phylactères aux textes déséquilibrés et souvent longs. L’auteur soigne son propos qu’il agrémente de quelques notes d’humour mais aussi d’un peu de poésie. Il déroule la narration avec métier ajoutant ça et là quelques réflexions bien senties sur la désobéissance ou encore le sens de l’existence.

Félix Delep brille à nouveau par son trait précis et envoûtant qui offre au récit un souffle incroyable. Ses cadrages inventifs et ses angles de vue variés nous régalent. Il livre un travail titanesque et des planches au rendu dynamique et généreux.

Malgré une pression éditoriale que l’on devine aisément, le jeune dessinateur ne flanche pas réalisant une prestation de très haute volée. Les personnages sont toujours représentés avec soin, avec un sens des proportions impressionnant pour un artiste qui n’a jamais œuvré dans l’illustration naturaliste. Il est parvenu à s’inspirer des images issues des studios Disney et c’est éblouissant. L’ attention particulière portée aux gueules expressives, aux émotions est une plus-value merveilleuse. Les couleurs pâles et ternes collent parfaitement à la saison hivernale tout en contrastant habilement avec la luminosité du feu.

Le château des animaux est dores et déjà une série qui compte car elle est au service d’un message fort et intemporel. C’est un projet d’envergure et ambitieux comme on les aime qui a mis au grand jour le talent d’un dessinateur extrêmement prometteur et le savoir-faire d’un scénariste à qui décidément tout réussit.

Chronique de Stéphane Berducat.

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