L’homme qui courait après sa chance

Avec L’homme qui courait après sa chance de l’auteur Pozla, les enfants vont être gâtés ! C’est la neuvième histoire à découvrir dans la collection « Les enfants gâtés » des éditions Delcourt. Toutes ces parutions dotées d’ un format plus grand que la normale possèdent un atout supplémentaire. Plus proche de certains albums illustrés jeunesse, cette dimension offre aux planches une meilleure lisibilité. Pour sa première immersion dans la bande dessinée pour le jeune public, l’auteur a vraiment sorti le grand jeu, signant un récit dynamique et drôle avec une fin renversante.

C’est l’aventure d’un petit bonhomme qui déborde, il faut l’admettre, d’une colossale énergie. Ce matin-là, une fois encore réveillé par les corneilles qui boulottent son potager, il se rue comme un dément dans son jardin pour les faire fuir. On observe un verger dévasté aux récoltes bousillées. Une forte odeur s’immisce dans ses narines car son repas est en train de brûler. Après s’être sustenté de son abominable pitance, il sort prendre l’air. Ce soir c’est « le bal », il est temps pour lui de se faire beau et d’aller à la rencontre de jeunes demoiselles. En une journée, notre malheureux va se prendre une brique sur la caboche et un guano sur l’épaule. Il va également croiser le renard qui a croqué un bon nombre de ses poulettes et se vautrer dans une énorme gouille d’eau. Que pourrait-il lui arriver de pire ? En levant les yeux de sa flaque, il aperçoit un petit escargot. Celui-ci le prend à parti, lui demande ce qui lui arrive et lui propose son soutien. Notre lascar n’en croit pas ses oreilles, ce minuscule gastéropode veut l’aider à récupérer sa « foutue » chance. Il dit ça, il ne dit rien, mais son cousin lui a parlé d’un vieil ermite qui vit au sommet de la montagne, on le nomme « celui-qui-sait-tout ». Va-t-il écouter les affabulations de cette limace ? Il n’est quand même pas maudit à ce point. Un cataclysme décisif va le contraindre à partir à la recherche du grand sage.

J’ai découvert cet artiste avec sa série totalement déjantée Monkey bizness aux éditons Ankama. Pozla a depuis évolué dans son art graphique. Si l’on reconnaît son trait, les illustrations d’alors étaient relevées de couleurs plus criardes que celles utilisées pour les deux titres suivants. En 2015, il sort chez Delcourt un énorme pavé  Carnet de santé foireuse. C’est le journal dessiné que Pozla a tenu pendant son hospitalisation. Atteint de la maladie de Crohn, il y décrit tous les effets psychiques et physiques que lui inflige cette inflammation chronique. Grâce à cette action et à ses proches, il surmonte les épreuves de son quotidien à l’hôpital. Cette biographie est d’une grande force, elle lui vaudra le prix spécial du jury du Festival d’Angoulême en 2016. Majoritairement croqué de petites arabesques en noir et blanc, plusieurs épisodes sont rehaussés par des couleurs flamboyantes. Pour sa dernière parution, elles sont plus discrètes et affichent un subtil éventail de teintes pastel. Tout cela mène à un graphisme original et amusant, il ne suit aucune ligne artistique et mise en œuvre traditionnelle. Des pleines pages, parfois sans textes, d’autres avec des cases, suivent celles sans contours. Cet échantillon de styles et de déclinaisons si différentes, donne au recueil une extrême vitalité !

Le récit va s’accélérer quand notre gaillard entreprend l’ascension vers le vieux philosophe. En chemin, il croise tour à tour, un tigre décharné qui n’a plus d’appétit, un arbre chétif qui peine à respirer et une jouvencelle éplorée qui déverse de grosses larmes depuis des semaines. Aux trois, il propose de se renseigner auprès de l’homme éclairé pour leur venir en aide. Celui qu’il découvre là-haut n’a pas franchement la tête de l’emploi. Malgré ses réticences face à l’étrange mentor, ce dernier a de bonnes recommandations pour chacune de ses demandes et il y joint une solution. Pour notre désespéré la chose est bien simple «  retourne d’où tu viens, ta chance t’attend là-bas ».

Le gamin dévale la pente comme un forcené et partage fissa les conseils éclairés avec les trois pauvres infortunés. La question qui se pose maintenant, « a-t ‘il correctement compris ce qui lui a été suggéré ? »

Ce conte philosophique et hilarant est un vrai bol d’air frais à consommer sans modération, il est aussi amusant que distrayant. Par son intermédiaire, je suis retournée en enfance lorsque chaque semaine je dévalisais les étagères débordantes de la bibliothèque de ma ville pour y dévorer tous les ouvrages de contes et légendes, fables ou autres épopées qui évoluaient dans tous les pays qui peuplent notre planète. Jubilatoire !

Chronique de Nathalie Bétrix

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