GANNIBAL

Supporter le brouhaha incessant d’une grande ville peut très vite s’avérer stressant. Alors la meilleure solution, c’est de chercher et trouver une bourgade perdue au fin fond de nulle part afin de s’installer pour profiter du calme et de la tranquillité. La montagne ça vous gagne ? Eh bien non car ce qui partait d’une bonne intention risque de virer au cauchemar assez rapidement lorsque l’on atterrit dans un coin où les habitants sont issus de la même lignée. Gannibal de Masaaki Ninomiya aux éditions Meian est l’histoire d’une communauté rongée par la consanguinité.

Daigo Agawa est policier de métier. Il se fait muter à Kuge, une agglomération rurale reculée du Japon en compagnie de sa charmante épouse et de leur fille. Cet agent des forces de l’ordre est accueilli avec les mondanités d’usage. Il remplace un dénommé Kano qui a disparu de façon étrange. Dès sa première semaine de fonction, ce membre de la police se déplace à vélo pour régler les disputes entre vieillards et retrouver les enfants cachés dans les placards. Une activité professionnelle sans remous dans un patelin où finalement il ne se passe pas grand-chose. Ce qui convient parfaitement à Daigo qui fuit l’animation ininterrompue de la métropole.

Problème, Grand-mère la doyenne du hameau se fait sauvagement assassiner et sa dépouille atterrit en pleine forêt à moitié dévorée. Un ours serait passé dans les parages et une battue est organisée pour se débarrasser de l’animal. C’est le remue-ménage au village. L’agent Agawa participe à l’évènement et découvrira à l’occasion les préjugés de la population locale. Il prend conscience que tous les résidents de la commune descendent de la même souche généalogique, la branche de la dynastie des Gotô. Que va-t-il faire maintenant qu’il se sait cerné de consanguins sauvages et capables de tout voire des pires actes de barbarie ? La meilleure chose à faire désormais est de se méfier de tout le monde, employer la technique du profil bas pour commencer à mener une enquête approfondie en solitaire. Après cela, il fera la connaissance Sumire Kano, la fille de son prédécesseur. Elle l’aiguillera sur la piste d’indices qui mènent aux mœurs douteuses des villageois jusqu’à leur tradition ancestrale du cannibalisme. Avec en plus, la pression de ne pas impliquer sa propre famille dans l’affaire sous peine de représailles sanglantes. La plus grande attention est requise afin de bien gérer les tensions.

Masaaki Ninomiya signe un seinen où le suspense percute l’horreur avec bonheur. Il base son récit sur des faits existants et avérés. L’auteur ne ménage pas le lecteur. Il le secoue et le malmène pour mieux l’immerger dans la situation malsaine que vit ce pauvre flic, d’une banalité confondante. Il sera confronté à tous ces dégénérés du bulbe et pétés de la tronche qui n’attendent qu’une seule bonne raison pour se laisser aller aux actes les plus tordus. L’atmosphère pesante suinte quasiment dans toutes pages, le scénariste sait instaurer une ambiance de dangerosité et de malaise. Les influences de films tels que Délivrance ou La Colline A Des Yeux sont évidentes et transpirent à chaque chapitre. Au final, un excellent thriller autarcique qui se déroule au beau milieu d’une foire aux « monstres ».

Pour le dessin, Ninomiya emploie un trait nerveux taillé à la serpe. La mise en page est tranchante et sans compromis. Les visages burinés et expressions faciales sont remarquables. Un illustrateur de « tronches »  qui met le paquet et toute son énergie dans la représentation des morphologies inquiétantes. Pour mieux accentuer le côté pervers des protagonistes qui entourent le malheureux Agawa, le crayonné poisseux est rehaussé de petits traits et hachures pour apporter cette touche si particulière d’agressivité. C’est un choc visuel dérangeant qui se marie parfaitement à l’univers trash de la série. Une transcription brutale, une illustration graphiquement enragée qui accentue le côté crapuleux et infâme dans lequel nous naviguons.

Gannibal démarre en fanfare aux éditions Meian. La question reste de savoir quelles seront les limites que l’artiste sera prêt à franchir pour garder le ton insolent de sa création sans pour autant basculer dans l’obscène et la facilité. A suivre dans les prochains tomes qui laissent augurer le pire cela va sans dire…

Chronique de Vincent Lapalus.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Ca me botte bien. C’est un combien de tomes?

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    1. 2 tomes normalement
      Très bonne journée
      Stéphane

      Aimé par 1 personne

      1. Merci pour l’information.

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