Bloodshot Reborn

L’un des personnages phares de Valiant est relancé sous la plume de Jeff Lemire, assisté d’une pléiade d’illustrateurs de talent sous le titre de Bloodshot Reborn en format intégrale et édité avec soin par Bliss Editions.

Super-héros qui est apparu au début des années quatre-vingt-dix. Clone à peine avoué du Punisher et de Wolverine. Imaginez un Frank Castle équipé du pouvoir auto-guérisseur de Logan, vivant des aventures cent pour cent action qui à la longue deviennent répétitives et biens fades. Le voilà maintenant redynamisé grâce au stylo du virtuose canadien dans des péripéties beaucoup plus soignées et trépidantes.

En terme de continuité, ce volume se situe comme une suite directe des événements survenus dans The Valiant. Bloodshot en tant que tel n’existe plus à la fin de cette aventure. Kay la géomancienne et partenaire du héros, peu avant son décès, fait le cadeau à notre protagoniste de le débarrasser définitivement des nanites qui infestent son corps. Cette technologie faisait de lui un surhomme tout en étant une malédiction. Après cela, c’est un retour à la vie civile pour Ray de son vrai nom.

Voilà donc Ray Garrison redevenu simple humain. Désormais main d’œuvre multitâches dans un hôtel miteux du Colorado. Son quotidien est rythmé par les réparations et l’entretien du motel. Il occupe ses fins de journées à s’affaler sur son lit buvant comme un trou tout en prenant des stupéfiants sans aucune modération. Mais lorsqu’un fait divers au journal attire son attention, son instinct de tueur reprend le dessus. Une forte intuition lui dicte qu’il a un lien direct avec le meurtre relayé par les chaînes de télévision. Il constate devant son écran que l’assassin est un homme à la peau blanche, aux yeux rouges avec un cercle de la même couleur sur le torse. Son avatar héroïque s’est trouvé un nouveau porteur.

L’ex Bloodshot touche le fond en plus d’être atteint d’hallucinations. Il écoute le peu de raison qu’il lui reste et se ressaisit rapidement. Il comprend que la nanotechnologie qui l’a abandonné s’est dénichée de nouveaux hôtes et qu’il est le seul à pouvoir éradiquer le problème. Ses investigations vont le mener à partir à la recherche de cinq personnes transformées en criminels notoires. Ray est l’unique individu à pouvoir contrôler les nanorobots. Il s’engage alors dans une chasse à l’homme afin de pouvoir stopper les tueries et enfin entamer une quête de rédemption mais pas seulement.

Lors de cette course folle, le Projet Rising Spirit (anciens employeurs de l’anti-héros) ne l’entend pas de cette oreille et vient mettre son grain de sel. Le FBI sera aussi de la partie. Garrison l’homme en cavale, devra mener sa mission du mieux possible tout en étant embarqué sur le chemin d’un carrefour aux enjeux qui le dépassent complètement. Le P.R.S, organisme obscur est en réalité une branche paramilitaire dissidente du gouvernement. Les attaques du 11 Septembre ont laissé des séquelles à une Amérique sur les genoux. Mais les forces armées veulent retrouver leur suprématie, quitte à employer les méthodes peu orthodoxes. Elles orchestrent des recherches confidentielles sur une île du Pacifique n’apparaissant sur aucune carte. Allant jusqu’à provoquer des attentats ainsi qu’une pandémie sur son propre sol. Nous baignons dans une atmosphère conspirationniste et les subplots sont légion.

Ray ne sera pas seul dans cette lutte acharnée, des guest-stars de luxe viendront lui prêter main forte en la personne de Ninjak et du G.A.T.E.

Jeff Lemire l’avouera lui-même, il ne connaissait rien de ce héros d’action classique hyper-violent. Ce qui ne pouvait être que bénéfique, l’auteur arrive sur le titre comme une page blanche afin de redéfinir l’orientation de la série. Il apporte un regard neuf sur le personnage. Le scénariste déborde d’idées. Il aborde ses intrigues sous un angle nouveau qu’il contrebalance avec une bonne rythmique de l’action. Sans pour autant délaisser le côté aventure avec un grand A. Il apporte également beaucoup de profondeur, de background, de dimension à l’homme au teint pâle et au regard écarlate. Un créatif bénéficiant d’une grande liberté éditoriale qui s’amuse à remodeler et dynamiter l’univers devenu un peu poussiéreux créé par Jim Shooter. Lemire en grand explorateur interroge dans ses écrits, sur sa vision du lien de cause à effet entre la société et la violence. Une série qui n’est donc pas exempte d’une certaine réflexion.

Pour la mise en page, quatre dessinateurs se relaient pour chaque cycle. Chacun s’occupe de son propre chapitre. Mico Suayan, Butch Guice, Lewis Larosa et Doug Braithwaite se passent le crayon comme témoin de ce quatre fois quatre-cents mètres artistique. Leur patte illustrative est distincte mais la qualité est bien présente. Les planches sont riches, travaillées et dynamiques. Tant au niveau des premiers plans que des décors ainsi que les perspectives. Un bel étalage de techniques qui met en avant la puissance et la maîtrise du coup de crayon pour le trait avec en prime des cadrages renversants tout aussi remarquables en clarté qu’en lisibilité. Cette différence de styles ne nuit en rien à la lecture, bien au contraire ils s’harmonisent parfaitement pour amener une cohésion graphique du plus bel effet. Les couleurs de David Baron et Brian Reber renforcent l’homogénéité apportée à la palette peu éclairée voir « dark » dans laquelle baigne ce comic-book.

Bloodshot Reborn est une édition luxueuse à la pagination volumineuse s’étalant sur pas moins de sept-cent-douze pages bonus compris. Elle n’est autre que ce qui se fait de mieux sur la machine à tuer de chez Bliss Editions. Ne faites pas l’erreur de passer à côté, sinon vous risqueriez de vous retrouver avec un petit point lumineux entre les deux yeux…

Chronique de Vincent Lapalus

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