Beate et Serge Klarsfeld: un combat contre l’oubli

Avec Beate et Serge Klarsfeld un combat contre l’oubli, Pascal Bresson signe à la boîte à bulles un travail de mémoire à la fois convaincant et audacieux.

Le scénariste qui est depuis toujours animé par l’envie de lutter contre la haine et la bêtise met son savoir-faire au service des hommes pour faire connaître aux jeunes générations les personnages importants qui l’ont inspiré et qui lui servent de modèle.

Après avoir réalisé le biopic magnifique Simone Veil, l’Immortelle, et l’inoubliable Bugaled Breizh, 37 secondes le scénariste malouin a décidé de se lancer dans une rétrospective de l’action du couple Klarsfled.

C’est dans cette optique qu’ il a épluché leurs mémoires publiées en 2015 chez Flammarion et consulté de nombreux articles de presse. Avec le temps, il est parvenu à gagner leur confiance et c’est à la suite de nombreux entretiens que l’auteur a tissé la trame d’un récit documenté auquel il a eu la bonne idée d’intégrer un petit côté polar très addictif.

Beate et Serge Klarsfeld composent un tandem emblématique, engagé et solidaire. Avec une certaine habileté, le scénariste nous entraîne à leur rencontre et il nous nous donne peu à peu les clés pour comprendre le fonctionnement de ce couple extrêmement uni et complémentaire. L’historien juif français et l’ex-jeune fille au pair allemande ont su conjuguer leurs forces. Leur rencontre fut un coup de foudre et l’adversité, les menaces et dangers n’ont cessé de les rapprocher.

Serge est un travailleur acharné, un fin planificateur pragmatique et astucieux. Profondément impacté par son histoire personnelle, il se sent investi d’une mission et y consacre toute son énergie . Il a contribué à l’éveil politique de sa femme à laquelle il a insufflé cette viscérale soif de de justice.

Beate est une femme charismatique, rebelle et fonceuse qui a profité de son aura médiatique et de sa double nationalité pour faire éclater au grand jour un malaise bien réel, la présence au sommet de l’état allemand d’anciens nazis. Pour faire évoluer cette situation inacceptable, elle a pris tous les risques.

Ensemble, ils ont une vie de famille singulière et courageuse composant sans cesse avec les sacrifices et les pressions. Ils ne se sont pas contentés comme d’autres chasseurs de nazis de commanditer des investigations, ils se sont rendus au plus près du danger et même dans les dictatures les plus hostiles.

Pascal Bresson s’est plongé avec eux dans leurs archives et souvenirs pour revenir sur cinquante années de lutte. En traquant les bourreaux et les collaborateurs français les plus zélés, ils ont aidé l’Allemagne et la France à tourner une page douloureuse. Une partie importante de leur travail a été de chercher sans relâche, d’enquêter, d’alerter l’opinion, et de fournir les preuves pour que les meurtriers soient jugés. On connaît moins sans doute leur détermination pour rendre une identité et un visage aux enfants juifs déportés de France.

L’auteur a sélectionné les temps forts d’une quête longue et agitée et il nous entraîne dans les coulisses de notre histoire collective. Il a en guise de conclusion eu la très bonne idée de leur laisser les dernières pages pour qu’ils puissent établir un bilan de leur action et surtout transmettre une leçon de vie et un message qui parlera à chacun de nous.

Par le biais d’une prestation graphique numérique et moderne, extrêmement pensée et judicieuse Sylvain Dorange dote le one shot d’ illustrations séduisantes qui rendent l’objet respirable et lisible.

Il apporte avec son dessin caricatural une légèreté qui prend le contre-pied d’un sujet délicat et lourd. Ses illustrations accompagnent des textes très présents mais indispensables pour bien comprendre les enjeux. Le dessinateur enrichit le récit d’ un côté cinématographique intéressant et d’ un esthétisme délicieux. Il établit en effet un rapport constant entre l’image et l’époque et sublime le livre dessiné en posant ça et là quelques trames délicates. L’ alternance de couleurs est aussi très agréable, elle nous transporte efficacement et facilite la lecture. Le soin tout particulier accordé à l’expressivité de ses personnages est une belle plus-value.

Parce qu’ils ont œuvré pour la condamnation de criminels de haut niveau, milité de manière exceptionnelle pour l’amitié franco-allemande, aidé à la reconnaissance des victimes et par conséquent servi l’humanité, les Klarsfeld sont indéniablement des personnalités d’envergure dont le destin est indissociable de notre Histoire. Il fallait un livre à la hauteur pour faire honneur à leur opiniâtreté.

Avec cet album solide à la portée historique, Pascal Bresson et Sylvain Dorange leur rendent un très bel hommage. Nul doute que ce roman graphique qui narre une aventure humaine exceptionnelle devrait plaire à un large public car il est à la fois passionnant, pédagogique, accessible et attrayant.

Chronique de Stéphane Berducat

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