Le convoyeur

Le convoyeur est la nouvelle série détonante éditée par le Lombard. Musclée et percutante, destinée aux plus de 14 ans, elle associe le savoir-faire de Tristan Roulot à celui de Dimitri Armand, deux artistes en pleine bourre à qui rien ne semble résister.

Après s’être tourné autour pendant des années, ils se sont associés pour mettre en cases une trilogie post-apocalyptique captivante, abrasive et sulfureuse qui suinte la violence, l’action et nous rend rapidement addict.

Les auteurs nous proposent des volets auto-conclusifs denses dans lesquels on accompagne un énigmatique héros à l’aspect primaire dans ses missions qui consistent à transporter un objet d’un endroit à un autre. C’est dans cette optique qu’il prend tous les risques à condition que le client paye le prix et gobe un œuf mystérieux dont personne ne connaît les effets. Ce personnage moteur d’aventures au caractère trempé est au cœur de la narration. C’est un séducteur au charme magnétique qui à première vue semble chercher à préserver la vie. Il évolue en plein délire, dans un environnement cruel et hostile où la bien-pensance n’a pas sa place.

Tristan Roulot nous guide dans un road movie punchy qui se passe, (une fois n’est pas coutume) dans les campagnes françaises, un territoire ravagé et dangereux où la rouille s’est répandue. Elle a rongé et anéanti le fer. Un climat de peur et de désolation s’est installé. Les corps ont opéré certaines mutations que l’on découvre au fil des pages. On va de surprises en surprises. La nature a repris ses droits avec ses inégalités et injustices. L’infertilité est devenue légion.

Comme au Moyen-Age, des baronnies locales se sont un peu partout imposées, la sauvagerie est devenue la norme, la morale a disparu et les psychopathes règnent en maîtres.

Pour ce premier volet intitulé Nymphe, le scénariste d’ Hedge fund ne fait aucune concession, il livre un récit trash qui surprend et bouscule. Dès les premières pages, on monte rapidement en selle et on avance à fond. Les thématiques abordées sont nombreuses et la narration épaisse. Il faut dire que la série bénéficie d’une conséquente post production, les personnages sont extrêmement bien construits et même si le brouillard est encore un peu épais, on y progresse avec bonheur comme dans un excellent divertissement. Il est évident que dans ce foutoir tout est habilement pensé et mesuré. L’auteur ravive la nostalgie avec des clins d’œil savoureux et assumés à Ken le survivant, Mad Max ou encore X-Men qu’il remixe avec bonheur dans un récit organique et rythmé assez fascinant.

Avec cet opus, Dimitri Armand conserve et perfectionne sa science du western. Le découpage est dynamique et les cadrages sont habiles. Chaque case est un pur régal. A nouveau, le dessinateur excelle pour composer des physiques impressionnants et des tronches juste inoubliables. Il parvient à tirer le meilleur d’une technique composite et rudement efficace. L’artiste réalise ses crayonnés à la tablette, il les imprime afin de les encrer au pinceau ou aux feutres. Il les scanne ensuite pour pouvoir les coloriser numériquement et leur donner un côté usé et crépusculaire qui fonctionne parfaitement, au même titre que les nombreux effets déployés pour indiquer que le temps s’est arrêté.

Ce premier épisode ne manque pas d’atouts, il est rafraîchissant et prometteur.

Exutoire et tellurique, un peu sale et dérangeant le convoyeur commence sous les meilleurs auspices. C’ est un déluge très actuel, une belle claque. Désormais le terrain de jeu est installé et il y a fort à parier que le meilleur est à venir. Vivement la suite !

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