En proie au silence T1

La condition féminine est mise à l’honneur dans le nouveau titre d’Akana Torikai aux Editions Akata. En Proie Au Silence nous plonge dans le quotidien sordide. Il traite de la place de la femme dans notre société contemporaine par le biais d’une personne qui se sent mal dans sa vie. Un pamphlet qui fait réfléchir à tous ses individus qui souffrent, sans pouvoir l’exprimer de peur ou de honte.

Misuzu est une jeune-femme de vingt-quatre ans sans histoire, célibataire qui exerce le métier d’enseignante. Sa meilleure amie se prénomme Minako, elle est très dynamique et stable, vit pleinement sa vie de couple. Le chéri lui s’appelle Hayafuji, en concubinage depuis un certain temps avec sa copine. Il mène une existence banale au rythme du boulot, maison, dodo avec sa moitié. Niizuma quand à lui, est un jeune-homme encore lycéen. Plutôt discret, il se fond dans la masse et préfère passer sous les radars.

Une journée comme tant d’autres, Misuzu partage un bon repas avec Minako. Elle apprend à Misuzu que Hayafuji lui a fait sa demande en mariage. Confidence faite, l’enseignante ne partage pas la joie de son amie de toujours. L’amertume gagne Misuzu, sous ses airs enjoués et sourires se cache en réalité une terrible vérité. Abusée depuis des années par Hayafuji, manipulateur et bourreau de la jeune femme. Elle subit les pires actes dans un mutisme le plus total, éprise d’effroi et de honte. Rattachée aussi bien psychologiquement que physiquement à son tortionnaire, Misuzu plonge dans la spirale infernale de la victime par l’abandon de soi et un fort ressentiment d’infériorité. Sur son lieu de travail, elle devra gérer le cas de Niizuma l’un de ses élèves, qui est dans la droite ligne de son violeur par son comportement douteux voir une tendance à la sociopathie qui ne demande qu’à basculer.

Akane Torikai pointe du doigt avec beaucoup de réalisme, le mal-être vécu par tant d’accidentés de la vie. De ces anonymes qui souffrent en secret, rongés par la rancœur, l’amertume, la tristesse, l’infériorité ou la bassesse de leur tortionnaire.

Que se soit au niveau de l’histoire que du dessin, la mangaka installe une atmosphère à la fois froide mais pourtant crue. Une manière « naturaliste » afin de mieux sensibiliser le cauchemar ou les pratiques traversées par la demoiselle au milieu d’une société traditionaliste et moderne. Malaise arpenté au fil des pages, par son sujet traité de manière simple et sans filtre avec une justesse certaine. Dichotomie du bien et du mal. Misuzu vit avec sa culpabilité, la dégringolade mentale qui s’ensuit pour affronter sa faiblesse en tant que martyre. Le lecteur comprend mieux la réticence ou l’inaction de certaines personnes en proie au silence, il est beaucoup facile d’en parler tant que nous n’y sommes pas confrontés.

Pour la mise en page, l’artiste travaille sa planche à dessin avec le même traitement que son script. Le trait se veut sobre, descriptif, démonstratif et constructif pour bien saisir ses intentions . Tout est effleuré et explicite, grâce à l’aide d’un trait net et d’un découpage parfois « brutal » avec ses jeux de regards et les cases tranchantes sans textes. La défloration non consentie, la déchirure de l’hymen provoquant les saignements. Les scènes de masturbations avec ou sans coussin, les rapports buccaux pendant les heures de bureaux avec prise de photos du vagin pour bien appuyer l’humiliation. La dessinatrice ne se fixe aucune limite pour sensibiliser à la cruauté et la crudité de certaines situations avec beaucoup de « pragmatisme » sans basculer dans l’obscène mais tout en provoquant la gêne.

En Proie Au Silence est un drame sociétal choc, mais fort et surtout féministe. Une belle prise de conscience qui pose un joli pavé dans la marre masculine.

Chronique de Vincent Lapalus.

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