L’amant

Quand Kan Takahama réalise chez Rue de Sèvres sa libre adaptation de L’amant, le chef d’œuvre de Marguerite Duras, elle rend d’abord hommage à la romancière française qui lui a laissé l’ impression la plus forte.
En arrêtant son choix sur ce best seller qui s’est écoulé à un million et demi d’exemplaires et qui a été traduit dans quarante trois langues, elle a également sélectionné le plus représentatif et aisé à mettre en case en un seul volet.
La mangaka, récemment auréolée par le Prix d’Excellence du Japan Media Arts Festival, a surtout choisi ce récit au féminin car les questions soulevées par l’opus lui parlent et la touchent.
C’est une narration complexe dans laquelle s’entremêlent plusieurs histoires, une autofiction romanesque avec en toile de fond les relations entretenues entre tous les membres d’une famille dans l’environnement propre à l’Indochine des années 20. L’écrivaine y raconte sa première expérience sexuelle avec un riche Chinois. C’est surtout le récit d’une transgression sociale, une histoire de liberté, de choix de vie, et d’amour, des thématiques qui n’ont pas pris une ride.
Avant de se lancer dans cet ambitieux projet, Kan Takahama a effectué de nombreux repérages sur place puis elle s’est projetée entre les mots, entre les lignes.
Elle a décidé de rendre la narratrice-héroïne visible aux yeux du lecteur en la dessinant. Elle s’est pour cela basée sur des photographies afin de la représenter entre l’enfance et l’adolescence, entre l’adolescence et l’âge adulte puis âgée. Mais à la différence de Jean Jacques Annaud dans son film magnifique, elle n’a pas cherché à idéaliser ses personnages. Elle a su extraire d’un texte parfois un peu long et ennuyeux, l’essence et surtout les fulgurances Durassiennes.
Avec un découpage très lisible, un dessin à la main délicat et des couleurs numériques lumineuses, l’autrice japonaise nous bouscule en faisant preuve d’ une facilité étonnante pour passer d’un style de récit à l’autre.
Elle est parvenue à générer un contraste total entre des partis pris graphiques simples, et une façon d’écrire exigeante et difficile.

Avec l’Amant, l’autrice japonaise rend accessible à tous une œuvre majeure du patrimoine français, bénéficiant d’une confiance éditoriale totale. L’album suscite le désir d’en savoir d’avantage sur cette jeune femme intrépide et libre, de connaître sa vie puis de parcourir ses autres récits.
C’est une contribution intéressante et magnifique, une proposition d’artiste convaincante et efficace qui devrait combler un large public.

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