Mata Hari

Mata Hari est un album magnifique édité par Daniel Maghen. C’est un bijou réalisé par Esther Gil et Laurent Paturaud, un ouvrage passionnant, d’une beauté à tomber.

Après Victor Hugo: Aux frontières de l’exil, les deux auteurs s’emparent d’une autre figure romantique qui alimenta bien des fantasmes Margaretha Geertruida Zelle.

Après l’analyse fine d’ une large documentation, ils dressent un portrait réaliste, juste et convaincant de celle qui s’est forgée une légende avant d’en perdre le contrôle acceptant peut-être le rôle de trop.

Le récit nourri a l’intérêt de revenir sur la période de Java indispensable pour appréhender le personnage, son attachement aux coutumes indonésiennes et comprendre pourquoi elle se surnomma : « l’œil du jour ».

Dans ce one shot sublime qui commence par son exécution pour espionnage pendant la première guerre mondiale, elle se remémore sa vie, ses grands moments, la danse bien sûr mais aussi ses amants qui l’ont tous déçue et parfois trahie.

On est attendri par cette beauté fatale aux bluffs permanents. Instinctive, elle passera de l’ombre à la lumière, transgressera les tabous avec grâce et innovera. Après un succès flamboyant, elle tombera peu à peu dans l’oubli. L’étoile filante essaiera de renouer avec la gloire mais ne retrouvera jamais son succès d’antan.

Cosmopolite, affabulatrice, elle deviendra espionne amatrice ce qui l’entraînera au peloton à seulement 41 ans pour avoir livré des secrets de polichinelle.

La prestation graphique de Laurent Paturaud est une totale réussite. Sa démarche originale, très aboutie et sa technique influencée par la peinture et le cinéma font mouche. Avec des planches aux découpages inspirés, il se joue des codes réussissant en seulement quelques images et une voix off à faire défiler les années.

Chaque case est un tableau somptueux exécuté à la palette graphique puis colorisé informatiquement donnant au dessin un aspect aquarellé délicat.

Il est parvenu à rendre à son héroïne son magnétisme unique et surtout à restituer le contexte de l’époque avec de nombreuses références au père de l’Art nouveau: le peintre romantique Mucha .

Parce qu’elle était une femme en décalage avec les mœurs de son temps, Mata Hari était une coupable idéale.

Esther Gil et Laurent Paturaud apportent un éclairage précieux contribuant ainsi à réhabiliter une femme libre, amoureuse et audacieuse.

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