Filles des oiseaux 2/2

Alors qu’elle déborde de projets, qu’elle entame une carrière sur les planches et une tournée en Italie, la pétillante Florence Cestac signe la seconde partie de son diptyque intitulé Filles des oiseaux.
Dans cet album rythmé et divertissant édité par Dargaud, elle se retourne avec humour et poésie sur son passé et c’est très réussi. D’apparence badine, il  offre un intéressant témoignage, nous invite à réfléchir sur la condition féminine tout en contribuant au débat avec habileté.
Dans le premier tome, l’autrice racontait la rencontre de deux jeunes filles au pensionnat des oiseaux, une école religieuse dans laquelle on éduquait les demoiselles.  Marie-Colombe et Thérèse proviennent de deux univers diamétralement opposés et pourtant elles vont se lier d’amitié et être présentes l’une pour l’autre au fil des années.
Dans le second épisode, la dessinatrice imagine leurs retrouvailles à 60 ans.
Avec recul et confiance, elles se dévoilent et se remémorent en accéléré 40 ans de leurs vies, leurs amours, leurs blessures tout en énumérant les luttes et les victoires des femmes françaises lors de ces dernières décennies : la pilule, la légalisation de l’avortement,….
Elles ont traversé une période d’effervescence et d’insouciance totale. Elles étaient persuadées qu’elles allaient changer le monde. Elles vont connaître la libération sexuelle, l’émancipation de la femme mais aussi la drogue et le sida, des fléaux qui ont touché à peu près tout le monde.
Elles ont suivi des chemins différents mais elles ont tracé leurs voies.
La première était une midinette sûre d’elle qui a entamé opportunément une carrière musicale et qui s’est accrochée.
L’autre, moins excentrique connaîtra une réussite professionnelle exceptionnelle.
Comme d’habitude avec Florence Cestac,  elle a mis dans ce livre dessiné beaucoup d’elle même car comme elle l’indique «on ne raconte bien que ce que l’on connaît parfaitement» mais aussi les aventures de quelques copines glanées à droite à gauche.
Scénariste et dessinatrice reconnue, elle n’a plus rien à prouver, lauréate de l’Alph’ art de l’humour à 2 reprises et Grand prix du festival d’Angoulême, elle a aussi un lectorat fidèle qui s’est élargi au fil des années avec ses titres à succès les Déblok, Le démon de midi, Super Catho, Harry Mickson, et bien d’autres. Elle a une place unique dans le domaine de la Bande dessinée, la retrouver est absolument jouissif.
C’est naturellement, maintenant que l’ on célèbre les 50 ans de mai 68, à un moment où le féminisme est un combat brûlant, que l’infatigable militante au style inimitable a décidé de raconter la vie des femmes de l’époque. Elle le fait en toute légitimité avec son franc parler légendaire et un regard critique vis-à-vis d’une société qui tend petit à petit à détricoter le fruit des victoires d’antan.
On est ravi de retrouver un dessin qui se bonifie avec le temps, sa patte singulière, ses personnages à gros nez et des dialogues savoureux.
Filles des oiseaux est un diptyque captivant, récréatif, et plaisant qui se lit à toute vitesse. L’ artiste y communique efficacement son engagement, son goût de la liberté et ses inquiétudes. Elle nous offre 30 minutes de pur bonheur, un récit culotté et brillant à son image.

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