Le mage du kremlin, c’est un best-seller de Giuliano da Empoli, un thriller politique remarquable récompensé par le prestigieux Grand Prix du roman de l’Académie Française. Adapté pour le cinéma par Olivier Assayas, l’opus bénéficie depuis peu de sa version en BD pour Casterman par le dessinateur Luc Jacamon, un bédéiste fameux pour sa série Le tueur scénarisée par Matz.
Habitué des livres à suspense, il s’est emparé avec maestria d’un récit glaçant qui se veut non seulement historique mais aussi philosophique et réflexif.
Il narre l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine, une mise en orbite qui succède au chaos des années 90 en Russie. Le romancier imagine une rencontre entre un intrigant homme d’affaires désormais producteur d’émissions de télé réalité avec « la boite noire » On va découvrir sa jeunesse ainsi que sa contribution à l’ascension au pouvoir de l’ex agent du KGB et les coulisses d’une progression marquée par des décisions politiques fracassantes. C’est une analyse fine et sans concession. L’atmosphère y est suffocante.
Si le successeur de Boris Eltsine et son éminence grise sont évidemment au centre de la narration, c’est la Russie, son climat rugueux sauvage, hostile qui se taille la part du lion tant ses spécificités sont judicieusement mises en relief par un bédéiste qui a l’excellente idée d’introduire des images animalières sublimes et terrifiantes. Il traduit l’autoritarisme qui semble convenir à un pays au passé tourmenté qui a trouvé en Vladimir Poutine, l’homme providentiel, le chef qui lui manquait, un tyran impitoyable et manipulateur qui s’est peu à peu façonné une stature colossale.
La narration chapitrée est mise en cases avec beaucoup de talent par un artiste qui échappe au piège des huis-clos et livre en sus des planches naturalistes immersives qui génèrent un second souffle salvateur. L’ambiance à la fois pesante et dangereuse est parfaitement restituée grâce à une prestation graphique de très haute volée et des couleurs combinées avec adresse.
Introduit par une couverture superbe, l’album est un redoutable page-turner, son intrigue est haletante, ses illustrations sont délicieuses et il nous laisse sur une excellente impression.
Chronique de Stéphane Berducat


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