SEULE CONTRE HOLLYWOOD : La première actrice à avoir dénoncé le système

Halim Mahmoudi est un auteur engagé avec des œuvres telles « un monde libre » ainsi qu’ Arabico. Il participe à divers journaux (dessins de presse), associations et ONG.

Dans cet ouvrage édité par Steinkis, il revient sur le destin de Patricia Douglas, la première femme américaine, au sein de l’industrie du cinéma, Hollywood en l’occurrence, à s’être attaquée au système patriarcal et à ses agresseurs. Rêvant d’être actrice, et poussée par sa mère, elle postule pour le tournage d’un film produit par la MGM (Metro-Goldwin-Mayer) dont elle ne connaît ni le film ni le titre. Elle est retenue, mais la désillusion est brutale. Le jour J, dans un manoir qui n’a rien d’un studio de cinéma, elle se retrouve, avec cent vingt autres postulantes actrices, piégée dans une fête organisée pour deux cent quatre deux représentants commerciaux. La présence des jeunes femmes sert uniquement à servir le bon plaisir et les fantasmes de ces messieurs sûrs de leur pouvoir et de leur ascendant.

Notre héroïne est agressée, mais au lieu de se taire comme l’ont fait les autres, elle veut se défendre et porte l’affaire devant la justice. Le scénariste revient sur le viol, les humiliations, les intimidations et les menaces subies par la victime. Avec difficulté, elle parvient finalement à trouver un avocat ce qui prouve une pugnacité qui force l’admiration.

Le procès, avec les témoins et les juges achetés par le studio occupe une large part de l’histoire. Les avocats de la défense se servent de la vie privée de Patricia Douglas, avec pour objectif de détruire cette dernière.

Le récit est révoltant et poignant. Il met en lumière tout un système de corruption, la ville et son économie dépendent largement des studios, ceux-ci possédant un pouvoir considérable.

La narration est fluide, avec des retours en arrière. Le bédéiste maîtrise parfaitement l’art séquentiel, tout en reprenant les codes cinématographiques : gros plans sur les visages, les yeux, cadrage serré, retours en arrière, la scène du procès, chère à une certaine tradition hollywoodienne.

Le graphisme, en noir et blanc avec des tons sépia, sert l’histoire. Le trait, réaliste sans être toutefois très détaillé, est élégant et fin. Les scènes de dialogues sont nombreuses, mais l’artiste a rendu leur lecture agréable en multipliant les angles de prises de vue : plongée, contre-plongée, vue frontale ou latérale, favorisant le plus souvent le malaise ou le sentiment d’injustice. L’artisan de cet album a réalisé un énorme travail de recherche sur les années 30 aux USA (voitures, habitudes vestimentaires, lieux). Il excelle également dans la représentation des bâtiments.

Cette sordide affaire eut lieu 80 ans avant #MeToo. La lecture de cet album s’avère difficile et nous ne pouvons que penser aux nombreuses autres victimes maltraitées par ce système corrompu, restées silencieuses. Patricia Douglas, qualifiée de « femme la plus dangereuse du monde » sort enfin de l’oubli grâce à Halim. Le texte des remerciements, singulier, m’a particulièrement touché, j’invite les lecteurs à ne pas en négliger la lecture.

Chronique de Marc Lécrivain et Cassandre.


© Steinkis, 2025.

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