Le chemin dans les étoiles, bande dessinée parue au printemps chez Jungle, a tout pour plaire. De magnifiques dessins de la talentueuse dessinatrice italienne Ofride, où le pastel sait laisser la place à des couleurs plus profondes, dans un univers féerique. Un scénario émouvant et prenant, écrit par Valentina Venegoni, et traduit par Xavier Bétaucourt. Des personnages touchants, réels et imaginaires, puisque Gaëlle, enfant au cœur de l’histoire, va se réfugier dans son monde, accompagnée de ses grands amis la grenouille au chapeau, le hamster géant et le raton laveur. Le sujet, sensible, est traité avec brio : quand l’anxiété prend le dessus chez un enfant neuro atypique… Ce récit a des airs de Vice versa 2, d’une façon plus exacerbée mais aussi plus fantastique. Quand on voit le succès de l’animé, on peut souhaiter la même réussite à cette bande dessinée ! Accessible dés 10 ans, elle offrira aux adultes une double lecture, proposant une grande attention et une grande écoute pour les enfants sensibles et rêveurs.
C’est une journée particulière pour Gaëlle, rescolarisée. Pas facile d’être la nouvelle, quand tous les regards se portent sur soi. Et quand vient l’heure de la cantine, le rejet provoque un vent de panique. Vite, respirer, s’enfermer dans une classe et convoquer son propre univers. Milos, son médecin, a l’habitude d’être appelé en urgence pour ces situations. Mais cette fois-ci, la situation est plus complexe, les figurants hostiles, Gaëlle récalcitrante… Elle n’a jamais été déconnectée de la réalité pendant si longtemps. Va-t-il réussir à arracher la jeune fille à ses émotions les plus négatives ? Il s’agit de trouver un chemin, d’accompagner Gaëlle dans son jeu tout en l’emmenant vers la sortie. Accepter les détours, négocier avec chaque personnage. La grenouille est la peur, qui dit la préserver, la grosse boule de poil est sa timidité, qui l’isole, le raton laveur son imagination, qui l’abstrait. Un cocon qui sécurise mais qui isole totalement… Petit à petit, à la manière d’Alice au pays des merveilles, le soignant partage un repas, joue à cache-cache, franchit avec le groupe des portes vers des endroits inconnus et merveilleux, où l’enfant se sent en paix… Il se bat avec chaque émotion. Jusqu’à ramener Gaëlle à la grande porte, portail vers un retour au monde réel. Mais elle résiste à la prise d’une pilule rouge, affaiblie par la perte de ses amis inventés. C’est alors que Milos est rattrapé par son propre monde imaginaire…
Dés la superbe couverture étoilée, une certaine tension est perceptible, dans le regard de l’héroïne et dans le cadre, bleu foncé, où un regard plus attentif découvrira des objets sans dessus dessous. Le trouble dissociatif de Gaëlle est subtilement traduit par des nuages sombres, des hachures, venant ponctuellement assombrir sa clairière de rêve, très colorée. Le noir et blanc prend même le dessus le temps de doubles pages très fortes. Le contraste entre les moments légers et la noirceur engluée qui avale la patiente est saisissant. Pour mieux laisser la place, à nouveau, au positif et au multicolore. Chaque lieu est un régal de prairie fleurie, de palmiers exotiques sous un crépuscule rosé, de rivière enchantée, de mignonnes créatures et de lanternes magiques… Les amis de Gaëlle ont l’élasticité et l’énergie de l’enfance, ainsi qu’une loyauté sans faille. C’est normal, ils la rendent unique ! Et ils font partie d’elle…
Le chemin dans les étoiles est une métaphore réussie du chemin thérapeutique, non linéaire et nécessitant de puiser dans nos ressources profondes, les souvenirs de rires, de jeux, de joie et de confiance en soi. Un appel à sortir du rapport de force, à accepter de prendre le temps, d’être à l’écoute de l’autre et des émotions, pour se construire sans s’oublier.
Chronique de Mélanie Huguet- Friedel.
#bdjeunesse #couleurs #neuroatypie #difference #angoisse #mondeimaginaire #feerie #alire #selection2024 #coupdecoeur


© Jungle, 2024.