10 ans, c’est l’âge où on pense surtout à jouer. 10 ans, c’est l’âge qu’avait Mahar, un enfant yézidi du Kurdistan irakien, en 2014. Mais les jeux de l’enfance sont interrompus par l’arrivée de l’État islamique, qui l’enlève et fait de lui un « lionceau » : un jeune dressé pour combattre les ennemis de Daesh. C’est son histoire que raconte dans cette BD éditée par Delcourt la journaliste Anne Poiret, servie par le dessin de Lars Horneman.
Ce dernier est astucieux : il utilise l’interface d’un écran de jeu vidéo de type « first-person shooter », qui consiste à tirer sur un ennemi dans un terrain de guerre, pour faire transition avec la réalité des combats sanglants de Daesh. Car pour les enfants soldats comme Mahar, la frontière entre le virtuel et le réel est fragile, tant le réel les a marqués dans leur chair et leur esprit.
Anne Poiret a noué une relation de confiance avec Mahar, et la force de cette BD c’est de livrer un récit inédit : celui d’un enfant devenu malgré lui un soldat endoctriné, puis un jeune adulte extirpé des conflits et de la radicalisation.
En 2020, lorsqu’Anne Poiret rencontre Mahar pour la 1e fois dans un camps de déplacés au Kurdistan irakien, le fait de témoigner l’amène à chercher à comprendre ce qui lui est arrivé, et comment il peut continuer de vivre après avoir contribué aux combats de l’État islamique, qui prônait pourtant la haine des siens.
Pour cette BD reportage, le dessin de Lars Horneman alterne entre illustration du témoignage de Mahar, et éléments de localisation, paysages désertiques ou villes en ruines. Si les faits dessinés sont parfois violents, la dignité accordée à ce récit est apportée par l’écoute et l’écriture de la journaliste Anne Poiret. Elle permet de réfléchir à ce que deviennent, après la guerre, des enfants enlevés de force, endoctrinés et militarisés, avant d’être – pour une poignée d’entre eux comme Mahar – sauvés par ceux qui ne les ont pas oubliés, et qui espèrent toujours qu’ils pourront s’en sortir.
Chronique de Maryse Broustail.


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