BUKOWSKI De liqueur et d’encre

Il y a des auteurs qui te marquent plus que d’autres, que tu le veuilles ou non… Tu les as lus et tu n’es plus vraiment pareille. Mon premier Bukowski, j’étais ado. Je n’ai pas tout saisi du haut de mes quinze balais, balancée dans le grand bain du réalisme sale, de la poésie trouble sans brassards ni bouée canard… J’y suis revenue au fil des années, le personnage sulfureux, son écriture ancrée dans le siècle dernier, son propos, souvent discutable, son regard porté sur le monde m’ont révoltée, subjuguée, touchée, outrée… rarement laissée indifférente ! Il y a parmi son œuvre, un paquet de phrases qui m’accompagne encore…

Alors forcément, quand je suis tombée sur la couverture de Bukowski, de liqueur et d’encre, j’ai trouvé le titre fort bien trouvé à l’aune de ce que je savais déjà de lui, et j’ai accroché au portrait pleine page juste en dessous. De trois-quarts. Réaliste. Une part de lui, un peu dans le vague, dans les gris et noirs bleutés, sourcils froncés, pensif et cigarette aux lèvres, et au centre, son œil en coin, scrutateur, à travers un verre d’alcool ambré. Conception conjointe de Letizia Cadonici, pour le dessin, et Francesco Segala, pour la colorisation, cette première de couverture annonce avec brio le contenu de la bande dessinée. Sans concession, le trait va à l’essentiel, s’attarde sur les visages, les rendant très expressifs ; le travail sur les ombrages et la palette de tons choisis, plutôt foncés, donnent vie à l’ensemble.

On se balade facilement dans ce docu-BD biographique, édité par Petit à Petit. Au fil des pages, de façon chronologique, suivant le scénario élaboré par Michele Botton, le parcours de cet écrivain emblématique se dessine à coups de poing et de bouteilles de bière descendues, au son imaginaire des touches de sa machine à écrire. Les textes des cartouches, très présents et à la première personne, sont d’ailleurs typographiés à la façon rétro d’une vieille bécane. Facile de l’imaginer en train d’écrire… Le choix est fait de pas épargner le lecteur : propos ultra misogynes et hyper sexualisation des femmes, attitudes indécentes et scabreuses, violences subies dans l’enfance, surconsommation d’alcool, tendance à l’autodestruction et  pessimisme social… Le personnage, ombres et lumières, est rendu dans son entièreté.

La mise en page est classique, avec des vignettes rectangulaires, permettant une lecture linéaire aisée. Le choix du fond des planches colle au personnage, imitation de papier recyclé grisé parsemé de taches de vin rouge et d’empreintes de bouteilles. Découpé en chapitres, le récit aborde les points saillants de sa vie, qui sont appuyés par des doubles pages documentaires. Fruit des recherches de Martin Boujol, ces textes informatifs sont accompagnés de photos et documents d’archives. Petit plus non négligeable, les conseils de lecture et cinéma prodigués pour approfondir le sujet.

Quel que soit le regard que vous portez sur ce monument de la littérature américaine, idole pour certain, ivrogne minable pour d’autre, cette bande dessinée vous éclairera habilement sur ce que fut sa vie et son cheminement d’écrivain. Une belle découverte à destination de tous les curieux de littérature !   

Chronique de Louna Angèle.

©Petit à Petit, 2024.

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