THE EX PEOPLE 1/2

THE EX PEOPLE c’est une épopée fantastique en apparence classique, un conte facétieux et pêchu dans lequel Stephen Desberg, scénariste prolifique auquel rien ne résiste parvient à tirer le meilleur d’un illustrateur brillant dont les bédéphiles les plus avisés ont déjà repéré le talent. Alexander Utkin a déjà à son actif deux incontournables romans graphiques édités chez Gallimard, Le roi des oiseaux et La princesse guerrière et il est peu de dire qu’ils sont impressionnants.

Les deux bédéistes signent pour Bamboo dans sa collection Grand Angle, une histoire de rédemption singulière, un diptyque dont l’éditeur dévoile ici le premier volet somptueusement orné d’une couverture rougeâtre sur laquelle figure une pyramide composée de chair, de fer, de feu, de cendre, de poils et de plumes. C’est la représentation intrigante d’une petite communauté soudée, solidaire et déterminée à en découdre.

L’auteur belge a planté son décor au Moyen-Âge, une période obscure et cruelle, idéale pour faire évoluer et se rencontrer des personnages très différents. Ils ont en commun d’être passés de vie à trépas et ils espèrent tous retrouver une existence terrestre. Pour cela, ils décident de se rendre dans un monastère à Jérusalem afin de racheter leurs erreurs et obtenir le pardon d’un Dieu évidemment débordé.

L’aventure commence par l’arrivée en Terre sainte de la petite bande en l’an 1271. Leurs projets sont immédiatement contrariés par un moine qui leur rappelle que l’argent nécessaire pour la résurrection doit être gagné honnêtement ce qui stoppe leur progression mais ne suffit pas à les décourager.

Stephen Desberg, nous propose un tome judicieusement composé de sept parties. Dans ce volet liminaire, il nous expose le but de la quête ainsi que ses acteurs principaux, Blaise, l’écuyer coincé dans une armure trop petite, Gertrude l’ado brûlé, Giovanni l’inséparable, le chat noir aplati, l’archère aux yeux bleus, le lieutenant-caporal Von bertholt et le cheval blanc. Ensemble, ils souhaitent récupérer ce qu’on leur a volé.

Il nous invite à suivre leurs péripéties tout en nous rappelant l’hostilité d’un monde rude mais aussi la méchanceté, la jalousie et la bêtise ambiante. Cette histoire n’est pas un conte de fée mais un récit immoral, sanglant, injuste qui nous remémore qu’il est préférable de savoir combattre et se défendre.

Cette fresque méritait un dessinateur inspiré et habile pour sa mise en cases. L’expérimenté créateur a chargé Alexander Utkin de concevoir sa partie graphique ce qui s’avère être une excellente décision.

Le musicien russe propose un découpage varié. Il compose des planches qui combinent efficacement les cases verticales et panoramiques de tailles diverses ce qui confère un rendu rythmé et dynamique renforcé par des couleurs flashy qui nous immergent complètement. L’alternance entre les phylactères arrondis et les cartouches de forme rectangulaire est pertinente.

On peut contempler un dessin racé, parfois proche de la carricature qui nous guide dans un univers propice à l’imaginaire. C’est un bel atout pour toucher un large public et notamment capter l’attention des enfants. Ses personnages sont particulièrement expressifs et aboutis.

THE EX PEOPLE est une proposition excitante qui nous laisse fébrile et désireux de connaître son issue. C’est un divertissement appétissant dans lequel on peut identifier les références foisonnantes, un melting-pot riche et savant produit par un artiste prometteur au savoir-faire peu commun. Vivement la suite !

Chronique de Stéphane Berducat.

© Grand Angle, 2022.

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