JOKER KILLER SMILE

Qu’est-ce qui fait le succès d’un super-héros dans les comics ? Un personnage principal qui accroche le lecteur, nous sommes d’accord. Son avatar héroïque qui s’apprête du légendaire costume, OK aussi. L’environnement dans lequel il évolue, avis toujours positif assurément. Pour finir il y a la galerie de vilains qui accompagne le héros dans ses péripéties, sans doute le point le plus important.

Voilà pourquoi Batman est un des justiciers costumés le plus célèbre dans le monde. Il se plie à merveille à l’interprétation d’artistes les plus doués et talentueux les uns que les autres, qui ont une vision toute personnelle du chiroptère de Gotham City et de sa Némésis la plus connue, le clown psychopathe-homicide qui mérite autant de gloire que le Chevalier Noir.

Après Alan Moore, Brian Bolland, Brian Azzarello et Lee Bermjo c’est au tour de Jeff Lemire, Andrea Sorrentino et Jordie Bellaire de donner leur version du pitre scélérat avec Joker Killer Smile aux éditions Urban Comics.

Le bon docteur Ben Arnell est psychiatre. Il pense pouvoir comprendre et qui sait peut-être soigner les grands maux de la pensée criminelle. Pour cela, il prend comme « client » le plus dangereux de tous en la personne du Joker. Mais ce spécialiste des maladies psychiques est idéaliste et un poil trop naïf. Il espère secrètement pouvoir guérir la folie de monsieur J. Ce dont il ne se rend pas compte, c’est que dès qu’il a mis un pied dans l’asile d’Arkham il n’est plus le praticien qui vient s’entretenir avec son patient mais une marionnette entre les mains du bouffon assassin. Comment peut-il mener de front sa vie personnelle et professionnelle sans que l’une déborde sur l’autre ? C’est impossible. La folie se propage dans son cerveau de manière insidieuse et traître. Le Joker possède un nouveau « jouet » et n’hésite pas à lâcher toute sa fureur au monde à travers lui, même si il est cloîtré entre trois murs et une couche de plexiglas.

Le psychanalyste pense mener la danse, mais sa chute va l’emmener jusqu’aux portes de la démence. Cette déchéance psychologique et le contact direct avec la brutalité mentale, va le mettre à mal. N’ayant pas suivi les précieux conseils de ses collègues, le médecin boira les échanges du bouffon meurtrier comme le poison qui se répand dans ses veines pour mieux fracturer sa psyché déjà fragile. Et là comme un grand miroir qui se renverse, le toubib va perdre tous ses repères et devenir le bras armé du tueur farceur pour déclencher une mutinerie et une évasion au sein de l’hôpital psychiatrique. Mais quand les fous sont lâchés en ville, que se passe-t-il ? A vous de continuer cette aventure afin de connaître le grand final. N’ayez crainte, l’ombre de Batman plane pour protéger les citoyens de Gotham. À moins que lui aussi ne soit qu’un réceptacle supplémentaire aux machinations machiavéliques du Joker…

Profitant d’insérer son récit sous le sceau du Black Label, Jeff Lemire fournit un récit psychologique à la fois dense et défaitiste. Cette labellisation permet à l’auteur d’aborder le Joker d’une manière plus adulte et riche. Le super-vilain sous sa plume gagne en dimension. L’auteur le dépeint comme très vif d’esprit. Il en fait un maître de la perception qui perce à jour les faiblesses de son partenaire de discussion. Toute la richesse du personnage est poussée à l’extrême pour en sortir une version magnifique d’intelligence froide et sociopathe. Aucune de ses actions n’affecte le Joker. Lemire impose deux couches de pensée. L’une réaliste et la deuxième basée sur cette exactitude décalée si chère aux résidents de l’établissement des déments. C’est une plongée dans une fable macabre à double niveau. Le scénariste se la joue tout en finesse pour pondre une histoire que ne renierait pas Alan Moore. Il nous revient en mémoire le sixième épisode de Watchmen concernant l’incarcération de Rorschach. Le mage de Northampton est une influence majeure en ce qui concerne la narration intelligemment rédigée. Encore une belle preuve du talent de l’auteur canadien !

Andrea Sorrentino se déchaîne pour la partie graphique. L’illustrateur se permet toutes les fantaisies et impose trois styles de dessin différents pour rendre justice à ce scénario affûté. Il emploie et mélange diverses techniques avec liesse. Jodie Bellaire encore lui, se met au diapason avec son dessinateur pour une mise en couleur synergique. Le style jeunesse est favorisé avec des dessins d’enfants traités aux crayons de couleurs pour la partie comptine, comme les albums pour les petits. Concernant les méfaits contés par le Joker, le trait se veut fin avec un encrage qui l’est tout autant accompagné de pigmentations très lumineuses. Quand la réalité dérape, le trait est travaillé de manière plus sombre et nerveuse suivi par l’encre de chine pour appuyer le ton plus grave. La colorisation va de pair, toutes les nuances virent à l’approche visuelle tranchante. La maquette de cette édition permet d’apprécier également pleinement les cadrages de l’ouvrage. Les cases sont de différentes formes. Qu’elles soient arrondies, rectangulaires, étalées, en spirales ou inversées la sobriété se mêle à l’expérimental. Une mention spéciale pour les onomatopées qui sont intégrées aux vignettes pour mieux retranscrire l’action, lorsque les ballons éclatent ou que les points percutent les visages. Il réalise un travail de composition du cadre qui se veut vigoureux, minutieux et remarquablement stylisé, une chorégraphie cinématographique et cinétique sur papier comme l’emploie Frank Miller.

Joker Killer Smile aux éditions Urban Comics accompagnera merveilleusement bien The Killing Joke et Joker dans une trilogie que doit posséder tout fan absolu du plus emblématique ennemi de l’illustre chauve-souris.

Chronique de Vincent Lapalus.

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