L’étrange créature du lac noir vit toujours

Le cinéma n’a cessé de s’inspirer de la fiction littéraire, on pourrait même parler de pillage en bonne et due forme. Avec L’Étrange Créature du lac noir vit toujours aux éditions Urban Comics, la bande dessinée opère en sens inverse afin de proposer une suite directe au film réalisé en 1954. Dan Watters, Ram V, Matthew Roberts, Dave Stewart et Trish Mulvihill dépoussièrent le genre horrifique et bousculent les mœurs d’antan. Terminée l’époque où le mâle alpha venait sauver la donzelle des griffes du croque-mitaine. Désormais, c’est elle qui prend les armes pour défourailler. Un peu sommaire mais bougrement efficace !

Kate Marsden est une journaliste tombée dans un traquenard concocté par un serial killer, elle a échappé à la mort de justesse. Depuis, Kate est atteinte d’anoxie cérébrale et des séquelles qui vont avec. Sa vie est une chaîne ininterrompue de désorientation, d’hallucinations, de vomissements, de pertes de connaissance et de spasmes qu’elle soigne à grand renfort d’amphétamines. Parfois, les investigations mènent à creuser trop profond.

Son agresseur a pris la fuite mais la reporter, déterminée, le traque avec acharnement. Son réseau d’indics a retrouvé sa trace en Amazonie, le cauchemar doit prendre fin. Le tueur fou entraînerait les gangs de narcos sud-américains à l’auto-défense.

Il se nomme Darwin Collier. C’est un ex-marine, viré de l’armée pour comportement violent avec un sérieux penchant pour le meurtre de masse. Il éprouve une certaine satisfaction à regarder ses victimes s’époumoner la tête immergée dans l’eau.

Kate prend un aller simple pour la forêt vierge, elle y fera la connaissance du Dr Edwin Thompson et de son assistant ChristiaChristiano dans des circonstances peu reluisantes. Le médecin et son sidekick étudieraient un spécimen, le chaînon manquant entre l’homme et le poisson évoluant à l’intérieur de cette vaste étendue amazonienne.

Ce trio d’aventuriers improvisé converge dans la même direction. À chacun ses motivations, qu’elles soient d’ordre purement scientifique ou punitive. Ils croiseront de vils et abjects prédateurs au cœur d’une jungle aussi luxuriante qu’inhospitalière. Cette course-poursuite effrénée trouvera sa conclusion dans les larmes, le sang et la poudre à canon.

Dan Watters et Ram V élaborent à quatre mains cette variation de La Belle et la Bête contenant un monstre marin venu du fond des âges. L’amphibien est un cas à part dans l’Universal Monsters puisqu’il est une création originale 100% sur pellicule à l’instar de ses congénères. Le protagoniste né du péril atomique s’accommode parfaitement à une transposition contemporaine. Les scénaristes rédigent un album bien ficelé dans lequel se mêlent allègrement épouvante, romance déroutante et polar tendance slasher. Le lecteur s’enlise dans une intrigue vaseuse et glauque au possible. Le «Gill-man » endosse le rôle de témoin, l’animosité humaine envahit son habitat naturel à la vitesse d’une déflagration nucléaire.

Matthew Roberts compose une mise en scène impeccable. Le dessin est élégant, le trait est à la fois fin et anguleux. Les décors sont soignés jusqu’au bout de la mine. Le découpage est d’une fluidité remarquable, il s’agrémente de cadres fantasmagoriques ainsi que de pleines et doubles pages chimériques. L’encrage est tiré à quatre épingles, le passage au noir s’applique consciencieusement. La colorisation de Dave Stewart et Trish Mulvihill embellit l’esquisse de Roberts. La pigmentation est équilibrée et sans excès, l’éclat des tons chauds côtoie l’intensité de nuances âcres. Les planches barbotent au milieu de l’élément liquide numérique avec doigté.

En définitive, le label Skybond adapte une fontaine de Jouvence inépuisable. Un arsenal complet comprenant Frankenstein, La Momie, L’Homme invisible, Le Loup-garou ou encore Le Fantôme de l’Opéra s’offre à l’éditeur. Le Dark Universe renaît de ses cendres au format comic-book.

Chronique de Vincent Lapalus.


© Urban Comics, 2025.

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