La constellation dont il s’agit ici est celle de quelques patients accompagnés par l’Homme Étoilé en tant qu’agent dans l’unité de soins palliatifs de l’hôpital de Metz. Ce dernier, bien connu des réseaux sociaux, avait déjà présenté ce service hospitalier à travers deux ouvrages : À la vie et Je serai là. Dans cet opus édité par Le Lombard , il nous relate des événements de son quotidien professionnel, les rencontres avec les patients, ses difficultés, mais aussi des moments plus heureux.
La rencontre, grand sujet de cette bande dessinée, celle où l’on ouvre son cœur, où l’on livre ses secrets est rendue possible ici grâce à la disponibilité de l’infirmier, son attitude, sa douceur, son écoute, sa bienveillance. Elle est aussi permise parce que les malades ont conscience qu’ils ne sont que de passage dans cette unité de soins palliatifs, le lien tissé n’engageant pas dans la durée.
Quelques personnages de la constellation donnent des détails vraiment intimes de leur vie, d’autres confient leurs doutes, leurs questionnements. Les histoires sont touchantes, sans jamais être mièvres. La parole est aussi laissée à une collègue, nommée pour l’occasion « la Femme Étoilée ». Un autre chapitre rapporte les échanges avec un intérimaire la nuit de Noël.
Le soignant est pourvu d’une grande intelligence et d’une grande humanité. Il ne fait jamais preuve d’indiscrétion, et ne cherche jamais à entrer plus profondément dans la vie des protagonistes. Il laisse advenir la parole. Soulignons l’importance de l’humour, dont sait faire preuve notre infirmier, pour désamorcer les situations tendues. Nous aimerions tous rencontrer un tel professionnel de santé lors de nos séjours à l’hôpital et oublier l’infirmière acariâtre peu disponible de nos mauvais souvenirs… Cependant, le service de soins palliatifs permet cette plus grande disponibilité.
Par ses témoignages, l’Homme Étoilé fait preuve d’une grande honnêteté intellectuelle : il n’hésite pas à confier ses doutes, ses fragilités, ses peurs, sa tristesse et ses préjugés. Dans ces métiers du soin, de l’accompagnement, il est nécessaire de garder la « bonne distance » : ne pas être trop proche du patient, ne pas se laisser envahir et affecter par l’émotion de l’autre, etc. L’infirmier gère bien cette distance, malgré son empathie et sa sensibilité, notamment en écrivant et dessinant ce qui lui est sans doute indispensable pour digérer ce vécu.
Car derrière la blouse, il y a aussi un artiste, qui grâce à sa maîtrise de la narration sait faire naître les émotions, mais aussi nous amener à réfléchir sur la vie, la mort, évidemment très présente. Ses réflexions ne sont jamais pontifiantes.
Les récits, au nombre de 13, vont d’une page jusqu’à une trentaine pour certains. Les plus courts sont dédiés aux histoires les plus drôles, ils forment une sorte d’interlude léger entre deux tranches de vie plus graves. Les plus longs permettent de développer des épisodes plus intenses et de faire connaissance avec les héros de la Constellation.
Graphiquement, nous avons affaire à un style cartoonesque. Les cases sont pratiquement absentes, tout comme les gaufriers, présents seulement au nombre de trois dans le chapitre consacré à Mona Les traits, tout en rondeurs, ajoutent à la douceur des histoires.
Une des grands qualités de l’auteur Bruxellois est d’arriver à nous faire ressentir autant d’émotions avec peu de traits, des gros plans sur les visages, un seul lieu, des dialogues fins, percutants et des silences.
La référence à un groupe de musique française a, j’avoue, fait mon bonheur. Avec toute sa franchise et son authenticité, il qualifie ce groupe de « daube ». Ce que j’apprécie, au delà de la justesse du propos (mais qui suis-je pour assener un tel jugement), c’est l’absence d’hypocrisie. Rien que pour ce passage, l’illustrateur a tout mon respect.
Une lecture émouvante, dure parfois, mais nécessaire. On y montre ce que devrait être une vraie relation entre êtres humains, allant à l’essentiel. Elle nous permet de relativiser sur nos petits problèmes du quotidien, nous sortir de notre bulle et encourage à être plus empathique et plus à l’écoute de l’autre. Et qui sait, plus doux ?
Chronique de Gédéon Groidanmamaison.

© Le Lombard, 2024.