Arrêtons-nous un instant à Dave-Rivage. Ce village pourrait être le vôtre pour plein de raisons. Il est traversé par une rivière et les chemins de fer. On y trouve un joli parc orné d’une mare. Il y a une église et un collège. Ce tableau bucolique nous pousse à croire qu’ « ici, Il fait bon vivre ». Zabus le conteur et Nicoby l’artiste peintre, ont concocté, aux éditions Dargaud, l’album Nos rives partagées où nous pouvons suivre les tribulations de six riverains. Êtes-vous prêts à les rencontrer ? Allez, c’est parti !
Simon, professeur des écoles, aime ses élèves, mais il est en désaccord avec certaines exigences bureaucratiques de la direction, ce qui l’amène à douter de sa vocation. Hugo, son fils, occupe son temps libre en balades, équipé de son appareil photo. Il mitraille tout ce qui l’entoure : paysage – animaux – badauds. Diane, rase les murs. Elle aimerait se réapproprier son image et réapprendre à aimer son corps. Pierre, lui, ça fait un sacré bail qu’il n’a pas mis les pieds dehors. Il s’emmerde comme un rat mort et passe son temps à radoter à sa fenêtre et à causer avec le perroquet qu’on lui a offert. Le seul contact qu’il lui reste avec l’humanité, c’est avec Nicole. Elle, pour combler l’absence que lui laisse sa fille qui ne lui parle plus, milite pour des causes diverses. Il nous reste maintenant à découvrir Jill. Cette adolescente est confrontée au doute. Il n’est pas simple, à son âge, d’être en accord avec ses attirances…
Tout ce beau monde se croise dans les ruelles du petit hameau. Simon parti se vider la tête, se retrouve près du cours d’eau. Surpris par une nageuse qui semble en détresse, il va à sa rencontre pour lui proposer son aide. Elle lui lance un regard étonné, remet son peignoir et file sans lui adresser la parole. Il reconnaît en elle une femme vue derrière une vitre, mais surtout Diane, une amoureuse d’antan. Nicole, vient de recevoir un appel vocal de sa môme qui l’a anéantie. Elle se rend chez Pierre pour épancher son chagrin et s’enquérir de son état de santé. Les deux amis ne forment pas vraiment l’association la plus positive qu’il soit. Hugo, sur le chemin du bahut croise Jill, l’inconnue dont il a pris un cliché à la dérobée le soir d’avant. Le gamin maladroit, ne sait pas comment l’aborder. Comme vous pouvez le constater, à Dave-Rivage, une partie de la population va faire face à de gros changements dans son train-train quotidien. Cela va-t-il leur plaire ? Je ne suis pas là pour en juger !
Il se dégage de la couverture une ambiance des plus paisibles. Les couleurs sont composées par Philippe Ory. Elles soulignent un dessin en ombre Chinoise d’une douce touche saumonée. Nicoby a un goût certain pour les histoires qui dépeignent des tranches de vie. Elles sont tendres, parfois percutantes et instructives. Elles peuvent être drôles, légères et quelques-unes sont autobiographiques. Son trait reconnaissable entre tous, peut paraître simple et enfantin. Mais tout comme celui de Daniel Casanave, dont l’aspect est proche, il plaît par sa sobriété un tantinet rustique.
Zabus avec son comparse, n’en sont pas à leur première collaboration. Ils ont œuvré côte à côte sur les deux volumes de l’adaptation du roman de Jostein Gaarder Le monde de Sophie. Scénariste – poète, Zabus m’a emportée bien des fois dans son univers qui fait la part belle aux rêves : Le monde selon François, Incroyable, les ombres ou encore Mademoiselle Sophie. Son monde imaginaire est vaste et ses thématiques variées. L’art, avec Magritte : ceci n’est pas une biographie, des parcours saisissants : Macaroni et les larmes du seigneurs afghan et d’intrigantes fictions.
Il est temps à présent de retourner dans notre petite bourgade nous enquérir de la tournure qu’a pris le rapprochement entre nos six protagonistes. J’ai comme dans l’idée, que nous n’allons pas être les seuls à les observer. Chut, ne faites pas trop de bruit, vous pourriez les effrayer…
Chronique de Nathalie Bétrix


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