LA MOUSSE

Après ces premières chaleurs, je vous paie une petite mousse ! Enfin petite… La douce bande dessinée  La mousse , de Nina Six, est un joli récit métaphorique, paru aux éditions Sarbacane. Il s’inscrit quatre ans après son premier album, les pissenlits ,mais peut se lire indépendamment. D’inspiration autobiographique, il est également très poétique. Et si la puberté était une catastrophe naturelle ? Alors que Nina se sent en décalage avec les jeunes filles de son âge, une étrange mousse se développe dans la ville. Beaucoup de questions se posent alors… Face au dérèglement écologique comme face aux changements physiologiques, il est temps de s’adapter. Après tout, la nature est notre alliée! Une belle histoire colorée, toute en nuance et sensibilité, parfaite dés 10 ans. En plus, la talentueuse autrice est née à Orléans ; et sur l’Accro des bulles, on aime chérir les créateurs de chez nous (les autres aussi, pas d’inquiétude)!

De retour du collège, Nina est heureuse de retrouver son ami Pierrot, après plusieurs années. Il faut dire qu’au quotidien, la jeune fille est isolée, sa meilleure amie ayant préféré rejoindre le groupe des populaires… Le jeune homme, lui, est en BTS biologie, et en voyage d’étude à Thalle pour étudier l’étrange bryacée qui a fait son apparition au niveau de l’aqueduc… Il faut dire que l’infrastructure est tellement rouillée par le manque d’entretien… Ce qui est étrange, c’est que la mousse semble se nourrir du métal dégradé. Quoi qu’il en soit, la population est remontée contre Desaux, l’entreprise qui n’a pas achevé la réalisation de ce dispositif anti-inondations, suite à des conflits d’intérêts. Alors quand de gros orages sont annoncés, la colère gronde et enfle, comme un syndrome prémenstruel… Nina de son côté subit des attouchements répétés d’un garçon de sa classe, ainsi que railleries et mise à l’écart. Mais Pierrot est là pour la protéger, et sa BFF Camille se rend compte que ses fréquentations ne sont pas si intéressantes. L’événement climatique pourrait être finalement libérateur, et l’arrivée des règles émancipatrice !

Alors que les thèmes évoqués, de l’hypothèse d’une fin du monde au harcèlement, sont assez sombres, la palette graphique choisie, aux tons chauds, apporte joie et douceur ; le style de dessin, se limitant à quelques traits fins, également. La dessinatrice joue élégamment avec la diffusion des couleurs sur la feuille pour créer des ombres, des fonds souvent arborés, une ambiance lumineuse ou orageuse. Elle nous immerge dans les grandes cases et les pleines pages, au milieu d’un monde de plus en plus végétal, où le vent se lève, les éclairs zèbrent le ciel, les feuilles volent en tout sens et la mousse envahit l’espace. L’ensemble est à la fois dynamique et organique – en un mot : féminin.

La mousse paraît être une plante invasive. Elle va pourtant jouer un rôle important, aidant le territoire à avoir un fonctionnement plus naturel et lui donnant une capacité nouvelle. La puberté apporte aussi une force nouvelle à Nina, celle de résister et de s’affirmer. Et si on arrêtait d’appréhender l’adolescence comme un passage difficile, pour la voir plutôt comme une belle étape pour grandir, s’écouter, devenir soi et s’ouvrir à la richesse des relations sociales ?

Chronique de Mélanie Huguet – Friedel.

#puberté #amitié #college #harcelement #ecologie #resilience #adaptation #BD #aquarelles #couleurs

© Éditions Sarbacane, 2024.

Laisser un commentaire