Enfin je retrouve le Brian Michael Bendis inspiré de Goldfish, Jinx, Torso, Sam et Twitch, Powers situé à des années lumières de ses décennies fades passées chez les majors que sont Marvel ou DC Comics à l’exception d’Alias, Jessica Jones et Scarlet. Le système work-for-hire l’avait lessivé, essoré de sa légendaire verve et créativité. Redevenu un «marginal», le natif de Cleveland s’associe au portugais André Lima Araújo sur Phenomena aux éditions Urban Blast. Concrètement, de quoi ça parle ? D’une virée entre trois aventuriers au cœur d’un univers complètement ouf. Enjoy !
Boldon débarque dans la grande ville. C’est un jeune garçon sympathique, un vrai Guide du routard sur pattes. Il aime marcher, se laisser porter par le vent pour partir à la découverte de nouvelles contrées et personnes depuis qu’un curieux phénomène a métamorphosé la Terre.
Dès son arrivée à la métropole, il est subjugué par un lutteur dénommé Spike. Ce guerrier alien participe à des combats de rue pour assouvir son unique but dans la vie…se remplir la panse ! Les présentations faites, nos gaillards engagent la conversation. Malheureusement pour eux, ils vont croiser le chemin de la redoutable larcineuse Matilde. La demoiselle ne pourra s’empêcher de chiper l’épée de Spike.
L’intrépide duo partira séance tenante à la poursuite de la donzelle. La mission les mènera à battre la campagne et à faire connaissance. Ce qui donnera naissance à une amitié solide contre les forces du mal qui les guettent à chaque coin de route.
Spike le Cyper taciturne fera équipe avec Boldon le gringalet au tempérament enjoué et Matilde la pimbêche au franc parler. Ils n’arrêteront pas de se prendre le chou, s’engueuleront mais répondront toujours présents afin d’affronter l’injustice. Nos baroudeurs s’embarquent pour une quête frénétique et folklorique, chacun à sa manière cherche l’aventure par simple curiosité ou goût du risque.
La perte de la lame sacrée mettra notre triplette sur la voie de l’insaisissable Cité d’or oeillée, ce lieu mythique serait à l’origine de la catastrophe qui frappa la planète.
Brian Michael Bendis est autant un auteur de personnages que des synopsis, il pense à double niveau entre ce qui se déroule dans l’histoire et de ce qui arrive à ses protagonistes. BMB (pour les intimes) possède un talent indiscutable pour nous enthousiasmer grâce à la vélocité de l’action et la puissance des mots. Il maîtrise l’art du rythme et anime subtilement un casting savoureux. Le titre se clame 100% fantaisiste auquel s’ajoute un imaginaire expansif. Les phylactères surgissent de partout et envahissent les planches avec fluidité. Le titre foisonne de dialogues cocasses, les situations aux proportions épiques coulent à flots. Les héros sont attachants, une proximité s’installe avec eux. Le scénariste injecte de l’humour à forte dose tandis que l’intrigue elle, avance inexorablement pour atteindre son point culminant en fin de volume comme souvent chez Bendis.
André Lima Araújo (responsable visuel d’Une Soif Légitime de Vengeance) quant à lui rend une copie impeccable. Le story-telling tire clairement ses influences du côté de la mise en page manga combinée à un séquençage cinématique. Le dessin se déploie de façon universelle en mélangeant différentes «sensibilités» graphiques. Le crayonné occupe entièrement l’espace disponible, il se meut dans une tendance japanime en prenant soin de garder une pointe d’american touch. Les effets de vitesse au travers d’infimes traits submergent le gaufrier, l’illustration véhicule l’émotion dans la pure tradition esthétique asiatique. Le découpage est impétueux, il concilie énergie et éloquence. Le protéiforme s’en empare avec joie, les cases panoramiques n’hésitent pas une seconde à se répandre sur le format double-pages. La composition ne manque pas de panache. L’encrage minimaliste donne toute la surface nécessaire au tramage de gris nuancé, il s’en dégage une luminosité éclatante. Ça se lit comme un film de papier, l’imagerie et le texte sont en parfaite symbiose.
En définitive, nos deux artistes révolutionnent la narration en proposant une œuvre délibérément hybride. Ils s’emparent du meilleur dans chaque catégorie de la bande dessinée pour offrir une série désaltérante et fun. Phenoma aux éditions Urban Comics n’est autre qu’un melting-pot d’idées et d’inspirations qui piochent autant chez Jack Kirby, Jean Giraud/Moebius, Hayao Miyazaki que Katsuhiro Otomo. Alors ouais, il y a du high level. Vivement la suite !
Chronique de Vincent Lapalus.


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