Je chemine depuis des années dans les espaces des librairies dédiés à la bande dessinée. Je me permets donc de proclamer, qu’il y a des sujets qui ont rarement été abordés dans les milliers d’albums que j’ai boulottés. Irene Marchesini, pour sa première incursion scénaristique, nous livre un récit dont le héros est né albinos. C’est au côté de son amie Carlotta Dicataldo , rencontrée sur les bancs de l’Ecole internationale de Comics d’Emilie-Romagne qu’elle imagine et matérialise cette première histoire Rebis, aux Éditions Le Lombard.
À une époque lointaine, où des femmes finissaient sur le bûcher pour de sombres appartenances, quelques passants s’exaltaient à la vue des foyers flamboyants. D’autres n’avaient pas le temps de s’y attarder, ces badauds préféraient s’accrocher à la vie qu’à ce triste spectacle. Girolamo, fait partie de ces derniers. Aujourd’hui, son épouse enfante une nouvelle fois et si Dieu le veut, elle mettra au monde un second fils. Il se déroule donc dans ce village, deux événements simultanés, certes pas de la même importance. Beldie et Viviana vont mourir dans les flammes et un nouvel être va naître. Cela se passe comme ça depuis la nuit des temps, certains humains meurent et d’autres prennent leur place…
La joie du papa va être de courte durée. Si le bambin est bien de sexe masculin, la couleur étrangement pâle de sa peau est assurément porteuse de malédictions ! Pas facile pour le bonhomme de trouver sa place dans sa famille. Si le reste de la fratrie et sa maman le maternent, le paternel quant à lui n’aspire qu’à s’en débarrasser. Fatigué des sempiternelles plaintes du voisinage, l’homme a décidé de l’expédier chez un oncle éloigné. Le jeune Martino préfère fuir dans la forêt, un lieu apaisant où il s’est toujours senti chez lui. Il trouve refuge dans une vieille chaumière, habitée par une étrange femme au doux prénom, « Viviana » … Il va s’établir entre l’enfant et la guérisseuse un lien particulier et d’une grande force, que toutes les épreuves du monde ne sauraient délier.
Je dois bien l’avouer, cette petite bande dessinée dégage un charme fou. Il y a tout d’abord son format qui me fait penser à un grimoire. Vient ensuite l’enluminure dorée qui borde la couverture, ainsi que les caractères utilisés pour son titre. Le scénario d’Irene Marchesini est prenant et touchant.
L’épopée est originale et on s’attache rapidement à tous les personnages qui défilent l’un après l’autre. Carlotta Dicataldo, a su rehausser le texte de son dessin délicat. Les teintes sont changeantes suivant l’ambiance désignée, ce qui donne un éclat particulier aux nombreuses pages qui composent le recueil. Le découpage des différentes cases est soigné et les planches uniques stupéfiantes. Nos deux artistes trentenaires ont su confectionner une première œuvre intelligente et de toute beauté !
Il est indéniable que cet opus est d’une magistrale qualité. S’il nous est présenté comme un one-shot, sa fin, que je qualifierai d’ouverte, nous présage, peut-être, que nous pourrions envisager une suite.
Les souhaits parfois se réalisent, le mien serait clairement de retrouver, dans un avenir proche, Martino, ses sœurs, ainsi que les ensorceleuses et que tout ce joli monde m’entraîne une fois de plus sur les sentiers captivants de leurs mésaventures…
Chronique de Nathalie Bétrix
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