LES GUERRES D’ARRAN T 1 et T2

Je ne sais pas pour vous mais quand j’ai besoin de me mettre la tête au vert, de déconnecter une poignée d’heures, choper une BD ou un bouquin que je connais bien, replonger dans un univers qui me plaît, est souvent la solution… une sorte de lecture-doudou, une évasion en canapé…

C’est ce que m’offre le monde d’Aquilon depuis une décennie.

Avec sa centaine de tomes de pur heroïc fantasy, l’histoire de ce monde se place comme la plus vaste saga du genre mise en bande dessinée. Plusieurs séries, chez Soleil éditions, se sont construites en parallèle sur les terres (Arran, Ogon et Ynuma) imaginées notamment par Jean-Luc Istin, Nicolas Jarry, Eric Corbeyran… et ce qui m’amène aujourd’hui est la parution des deux premiers tomes d’une série crossover !

Avec les Guerres d’Arran (tome 1 : la compagnie des bannis, tome 2 : Dal’Darum), on retrouve (avec une joie non-dissimulée !) les héros emblématiques des aventures développées dans « Nains », « Elfes », « Orcs et Gobelins » ou encore « Mages ».

Le pitch est simple et très efficace : les manipulations obscures de quelques rois Hum (humains) pour faire disparaître les races anciennes des Terres d’Arran aboutiront-elles ? Une guerre n’est-elle pas inévitable ? Qui la mènera si elle a lieu sur ces terres légendaires ?

Jean-Luc Istin pose le contexte avec brio en ouvrant habilement plusieurs pistes dans le tome 1, Nicolas Jarry développe et densifie l’intrigue en mêlant destins personnels et sentiments universels dans le tome 2. La pression monte. Il y est question de la kicha, drogue sulfureuse, et de l’Etoile Noire (association aux contours flous qui la distribue aux populations), de complots, de magie bien sûr, de quête, de quelques dragons plus ou moins maléfiques, de folie, de sacrifices et d’espoir… Je ne détaille pas davantage au risque de vous spoiler éhontément !! Vivement le tome 3 !

Les canons du genre sont respectés en matière de dessin, et ce qui pourrait paraître rengaine justement ne l’est pas grâce aux talents créatifs de Brice Cossu pour le premier tome et Giovanni Lorusso pour le second. En fil conducteur très appréciable, une mise en page similaire pour les deux albums, vignettes rectangulaires aux formats et agencements variés, codes de la forme des phylactères et polices d’écriture identiques ; des planches riches avec une lecture en ligne aisée où je vous conseille de vous attarder sur les mille et un détails des armures, des créatures fantastiques, des visages ou encore des paysages… Talents créatifs je vous ai dit !! Brice Cossu et Giovanni Lorusso, chacun avec leurs « pattes », dynamiques et rigoureuses, donnent vie au petit monde des Terres d’Arran avec efficience. Mentions spéciales pour moi pour l’expressivité des personnages, la profondeur des regards du tome 1 et pour l’intensité des combats rendue dans le tome 2.

Autre fil conducteur très plaisant, la colorisation, que l’on doit pour les deux tomes à Nanjan Jamberi, travail remarquable, immersion immédiate dans le fourmillement vert des forêts, dans le gris glacial des couloirs des palais… ou dans le feu du cœur des batailles. Parce que bon, ça castagne pas mal, les couvertures des deux albums le laisse clairement entrevoir : on n’est pas là pour tremper les biscuits dans la tisane, il en va du sort du monde !

D’ailleurs, en parlant du monde, vous trouverez une carte façon grimoire antique, sur deux pages en prélude à la lecture ; élément plutôt agréable pour créer de la cohérence et des repères dans la vaste toile de l’histoire de ce monde.

En somme, que vous soyez dans le trip des voyages en Aquilon, familier déjà des personnages, ou en découverte à lire comme une série à part, ces deux tomes valent sacrément le détour pour le scénario déjà bien ficelé et qui laisse présager des surprises, et pour la forme façon très grand spectacle épique !

Chronique de Louna Angèle.

© Editions Soleil, 2023.

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