Après une belle et longue carrière, Crisse a décidé de réaliser un rêve qui le tenaille depuis toujours, celui de s’adresser aux plus petits. Profitant du retour en grâce de la bd jeunesse, il a proposé un projet aux éditions de la gouttière, l’éditeur Amiénois exigeant, spécialisé dans les titres pour les primo-lecteurs, auquel on doit notamment les séries « Supers », « Anuki » ou encore « Philippine Lomar ».
En dépit de sa longue expérience et de ses nombreux succès Kookabura , L’épée de cristal et tant d’autres, le bédéiste a repris à maintes reprises son scénario acceptant humblement de revoir sa copie pour convaincre avec ce titre ambitieux Anya qui lui tient particulièrement à cœur.
Il situe son récit sur les terres slaves, baltes, un territoire enneigé ou les déplacements sont difficiles.
Avec ce premier opus prometteur intitulé L’oiseau bleu, il nous prouve qu’il a parfaitement digéré les contes traditionnels, dont il ré-utilise les codes avec brio. « Pinocchio », « les trois fées » mais aussi les personnages emblématiques du folklore Russe , Raspoutine et Baba yaga que l’on associe immédiatement à des émotions, sentiments ou clichés. Le récit est efficace et saupoudré de magie. On est bercés par une nature omniprésente, des décors enveloppants et doux.
Il nous surprend en prenant le contrepied des garnements archi connus, les impertinents mais populaires Titeuf ou encore Mortelle Adèle. Il a fait le choix de mettre en avant une fillette adorable et pétillante au charme tout simplement irrésistible. C’est la relation entre la demoiselle et son grand-père qui est au premier plan. Il nous prouve si on en doutait que l’on peut être heureux malgré un contexte économique délicat.
Il y a beaucoup de naïveté et de bienveillance dans ce premier volet, de l’amour aussi, de la simplicité et ça fait du bien.
Ce que l’on repère d’abord, c’est évidemment une couverture attirante et soignée, un objet judicieusement élaboré mais aussi et surtout un joli dessin traditionnel sans masse noire agréablement enrichi par une colorisation assez exceptionnelle signée Fred Besson. Les auteurs introduisent une charte graphique singulière ou les tons violets, roses et gris ont une place de choix.
Au final, Crisse nous offre une histoire à l’ancienne, réconfortante et tendre avec une héroïne proche de son aïeul, généreuse et empathique que l’on a très envie de retrouver prochainement pour de nouvelles aventures.
Vivement le tome 2 dont le pitch est semble-t ’il déjà écrit.
Chronique de Stéphane Berducat.


© Editions de la Gouttière, 2023.