Le temps des ombres T2

Le premier tome du « temps des ombres » était un coup de cœur jeunesse, une histoire qui prend les enfants au sérieux : deux jeunes – herboriste et alchimiste – partant en quête du remède qui pourrait sauver leurs villages. Le dessin, développant un univers médiéval fantastique aux paysages verdoyants, est original et dynamique. Les personnages, différents et entiers, permettent aux lecteurs de s’identifier à eux, et des valeurs fortes sont transmises, de courage, de solidarité, d’unité. Alors que le tome 1 se terminait à la fois sur une quête et sur des secrets non-dits, c’est avec un plaisir mêlé d’impatience que nous avons pu enfin sauter sur le tome 2 : « l’été de feu », avec toujours les pétillants David Furtaen au scénario et Pauline Pernette au dessin – aux Éditions de la Gouttière. Une belle lecture pour les vacances, dès 8 ans !

De magnifiques pages introductives nous dévoilent le parcours de nos deux aventuriers, Mycène et Roch : un grand voyage pour rencontrer « la Hulotte », une guérisseuse expérimentée. Il faut alors se rendre à l’évidence : les ombres – rendant les villageois malades et apathiques – reviennent de plus en plus vite, le temps presse. Si, comme nos héros, qui se taquinent et se querellent sur la lecture hasardeuse de la carte ou requestionnent le choix des habitants, il nous arrive de ne pas être à l’unisson, nous comprenons comme eux que l’union fait la force. Surtout qu’à la menace de la maladie s’ajoutent les altercations des locaux, et qu’un incendie se déclare…

Si l’auteur continue de nous régaler de ses dialogues croustillants, drôles ou à la répartie judicieuse, il nous préserve des silences qui font voyager, laissent place à l’imagination. L’album prend une tonalité plus sombre, en raison de l’urgence du danger. A la vision de robots abîmés et d’un merveilleux ancien barrage, Roch se désole de tout le savoir de l’ancien peuple, disparu. Et l’énervement transparaît dans certaines situations délicates. Mais le fil rouge de cette saison brûlante, entre poursuite de la quête par monts et vallée, recherches d’alchimie, dialogue avec des villageois tendus, mise en sécurité et exploration, c’est la persévérance. Nos héros n’en manquent pas et nous offrent une belle leçon d’humanité.

Graphiquement, chaque planche offre des tonalités soigneusement choisies, du vert des prairies aux couleurs du bâti, composé de pierres et de bois. L’architecture mêle un vocabulaire amérindien, mauresque, des ruines, et un dernier plan monumental, l’ensemble nourrissant notre imaginaire. Les cheveux blancs de Mycène restent une trame caractéristique du récit, tout en finesse, énergie et en fluidité. Découpage et choix des plans servent un récit qui ne manque ni d’action, ni de jeux de regard. Les tâches violettes, auréolées de particules évanescentes, nous rappellent la propagation du mal qui ronge la société, et qui semble avoir précipité la chute de la civilisation passée… Roch a une belle peau résolument sombre, Mycène la peau claire et une chevelure incroyable, et ils se complètent joliment tel le ying et le yang pour faire face, à égalité, et surmonter chaque épreuve.

Si le tome 1 permettait de camper le décor et l’histoire, luttant au passage contre les discriminations par ses personnages contrastés et complémentaires, le deuxième tome est aussi une fable écologique, qui nous rappelle qu’il y a urgence à agir pour préserver la ressource en eau, ne pas avoir à choisir entre massacrer la nature et affamer des gens. Et que cela passe avant tout par la bravoure et la coopération. Lâcher prise sur ses différences pour mieux s’unir dans l’adversité. La dernière page, époustouflante, nous laisse présager une suite intéressante tant du point de vue graphique que du scénario !

Chronique de Mélanie Huguet – Friedel

© Editions de la Gouttière, 2023.

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