POISON IVY T1: Cycle vertueux

Il y a prescription maintenant mais je peux l’avouer, j’ai toujours eu un faible pour les rousses. Que ce soit Jean Grey, Batwoman, Emeraldas et j’en passe…je kiffe les cheveux couleur de feu. Je n’ai pas résisté à l’occasion de rédiger une chronique sur l’une de mes préférées.

Poison Ivy : Le cycle vertueux de Gwendolyn Willow Wilson , Marcio Takara et Arif Prianto aux éditions Urban Comics redéfinit les origines de la plus célèbre rouquine vénère et incendiaire de DC Comics. Quel est son nouvel objectif ? La «red head» retrouverait la motivation dans l’éradication sans restriction de l’espèce humaine. C’est chaud bouillant en compagnie de la plantureuse et vénéneuse cousine de Fifi Brindacier.

Pamela Isley a un temps fusionné avec la Sève, une force élémentaire qui l’éleva au rang de déesse verte. Ses copines et plus spécialement sa chérie Harley Quinn, l’ont vite faite redescendre de son piédestal. Elle revint à Gotham City en tant que simple Ivy accompagnée de ses capacités surnaturelles. Secrètement, l’ivresse du pouvoir lui manque et sa liaison avec Harley en pâtit. Après mûre réflexion, la rouquine décide de casser sa routine et renoue avec son passé d’activiste. Ras le cul de ces irresponsables environnementaux, Pamela entreprend l’extinction de l’humanité pour mission. Elle plaque tout, se trouve un combi van et traverse les États-Unis en long, en large et en travers. Ivy part telle la hippie sur le chemin du flower-power un tant soit peu agressif de Mère Nature afin de lutter contre la société de consommation et la pollution.

Pour cela, Pamela libère au gré du vent un ophiocordyceps lamia modifié capable de faire des dégâts. Ce champignon parasite provoque une douce euphorie avant que la mort ne s’empare de son hôte en le transformant en galette de chair. Elle pollinise sur son passage cette bactérie invisible et ravageuse activée selon ses humeurs. Ivy ne passe pas inaperçue puisque Jason Woodrue alias L’homme floronique et grand ennemi de Swamp Thing se lance sur ses traces. Quitte à provoquer une catastrophe écologique, autant qu’il soit sous le feu des projecteurs. Nos deux créatures végétales ont un léger différent à régler, la guerre des buissons s’annonce apocalyptique sauf si l’arlequine met son grain de sel.

Gwendolyn Willow Wilson ouvre les portes du jardin botanique de Batman. Elle s’approprie et actualise Poison Ivy dans une série captivante et séduisante. Le récit tient en haleine jusqu’à la quatrième de couverture. L’auteure joue avec l’iconographie de sa protagoniste et rénove la continuité à l’aide d’une pointe plutôt funky. L’histoire présente Pamela Isley à la fois comme une super-héroïne, vilaine, militante, révolutionnaire voire pacifiste. L’écrivaine, convertie à l’islam, prêche la liberté des mœurs et condamne la violence avec intelligence. La scénariste met en avant l’acceptation et la représentation des minorités qu’elle mixe à divers sujets sociétaux, l’intrigue brasse des thématiques contemporaines en pagaille. Les personnages, majoritairement féminins, sont déterminés et coriaces. Gwendolyn Wilson Willow apporte du caractère, de l’impact et un vrai souffle de modernité à la série. La narration est également centrée sur l’action dont il se dégage un charme typiquement féminin.

La canadien Marcio Takara est un conteur extraordinaire, il fournit une jolie composition illustrative florale et parfumée. Sa mise en page est grandiose, survitaminée voire gonflée à bloc. Le dessin est ravageur, les lignes se tracent avec volupté dans un élan de générosité. Le crayonné est léché mais pas trop figé. Le gaufrier bénéficie d’un découpage planté, organique et tentaculaire. L’artiste possède le talent de coucher sur le papier un synopsis pour le magnifier afin d’accrocher le regard du lecteur. Le passage au noir est appliqué et consciencieux. L’encre de chine ne se contente pas de calquer le trait, elle le pénètre avec ingéniosité. L’esquisse gagne en dimension, les contours deviennent immédiatement plus souples et sveltes. L’indonésien Arif Prianto répond présent à l’aide d’une colorisation chiadée et minérale pour s’allier à Marcio Takara. Les rouges, verts et bleus saturent les planches de la première à la dernière. La palette de pigmentations éclate et resplendit visuellement. Cette décoration nuancée sublime des intérieurs en leur apportant une touche précieuse, le crayon s’associe aux couleurs par l’usage d’effets et d’arrangements numériques. Notre duo ainsi que leurs «invités», produisent un travail élégant faisant ressortir un graphisme complexe et intense.

Avec la future parution de Swamp Thing : Green Hell, la tendance surfe du côté des héros écolos un brin radicaux. Chers abonnés, il va falloir penser sérieusement à une reconversion dans la reforestation sinon ça risque de sentir le sapin.

Chronique de Vincent Lapalus.

© Urban Comics, 2023.

Laisser un commentaire