Aujourd’hui, départ pour le Sénégal ! Le géographe David Lessault nous propose de découvrir différents portraits très riches de ses habitants et visiteurs. La BD Sunugal, retour au village, parue aux éditions Steinkis, explore les différentes facettes d’un pays où se développent tourisme et urbanisation… Avec un risque de perte de repères. Mais les Sénégalais savent être généreux en rencontres et partages, comme va le découvrir Aristide, grand-père de Salomé, en rendant visite à sa petite fille qui travaille dans une association pour une deuxième chance. Un joli récit, profondément humain, qui dégage une douce énergie ; avec une mise en dessin soignée par Damien Geoffroy. Pour donner suite à une lettre de Salomé, Aristide décide d’embarquer son ami Génésio à l’aventure, direction Saly, au Sénégal. Dans l’avion, il tombe sur ses voisins, les Tarins. Chacun va découvrir un visage différent du pays. Tourisme solidaire et hébergement chez l’habitant pour les uns, résidence fermée pour les autres… La richesse de l’album réside dans ses parcours croisés. Nous faisons la connaissance d’Ibrahim, immigré en France durant 40 ans, rentrant au pays ; de Catherine, expatriée au Sénégal, aubergiste logeant Salomé et partageant sa connaissance du pays ; de Mamadou Dialo, joueur de foot local à la carrière internationale, faisant rêver les garçons ; de Sara, à qui un mac promet un départ pour l’Europe qui la maintient sous son emprise… Évidemment, immigrer est une option d’espoir quand la pêche est maigre, que le travail permet juste de survivre… Malcolm, que Salomé accompagne suite à sa sortie de prison pourrait être tenté. Heureusement il va s’avérer un excellent guide pour nos deux visiteurs, pas prêts d’oublier les plats épicés, les artisans locaux, les plages et mangroves mais aussi les lieux de mémoire de l’esclavage et la participation à la construction d’un puits. Un séjour authentique bien loin du « all inclusive » avec clim et rhume à la clé. Le dessin, fidèle à l’ambiance générale, est richement colorisée à la tablette numérique, dans des tons chauds. Le trait détaille l’architecture locale en terre et à toit plat d’où émerge baobabs et palmiers, l’affluence des pêcheurs et villageois, à la vente du poisson, les greniers à mil sous pilotis ; mais ne passe pas sous silence les regards pervers des toubabs, les petits vols à la tire ou les déchets au sol. Les doubles pages dédiées à chaque témoignage permettent de prendre le temps d’approfondir l’histoire de chaque personnage à l’aide de cartes et frises chronologiques dans une mise en page toujours adaptée. Cette approche sociologique fine laisse voir la diversité des parcours et des gens croisés sur place. Une lecture agréable autant qu’enrichissante, une invitation au voyage solidaire !
Chronique de Mélanie Huguet – Friedel.


© Steinkis, 2023.